Le service régional d'incendie d'Aywaille (SRI)

Enfin un corps de pompiers digne de ce nom.

Le 15 septembre 1951, le collège décide de soumettre au conseil le règlement organique en vue de son approbation. Ce règlement avait été institué en conformité avec l'arrêté royal du 15 mars 1937. C'est à l'unanimité, le 6 octobre 1951, que le conseil approuva le contenu et les modalités de ce règlement. L'échevin Henfling soumettra aussi les décisions suivantes qui seront appliquées sans distinction de grade :

     - Les pompiers volontaires recevront la (triste) rémunération de 25 frs. par heure prestée lors d'une intervention pour un incendie ou une autre mission de secours.
     -  Lorsqu'ils seront amenés à suivre des cours de formation ou encore appelés à des fins d'exercices de maniement des différents matériels, ils recevront une allocation horaire fixée à 15 frs. Le «quota» d'heures de cours et d'exercices ne devra pas dépasser un total de 24 heures par an.

Les sapeurs pompiers sont des personnes sensées être aptes à sauver des vies humaines. Ils doivent être mis parfaitement au courant des techniques à mettre en oeuvre le cas échéant. Il est aisé de comprendre qu'une formation correcte ne saurait leur être délivrée en un laps de temps aussi insignifiant. On croirait rêver !

Par contre, les mêmes membres du collège décideront de sanctionner les soldats du feu si besoin en est. Le cas échéant, ils se verront attribuer des amendes allant de 50 à 500 frs. selon la gravité des faits. Ils n'ont donc pas intérêt à manquer à leurs obligations. Certes, dans toute association, dans tout groupement de personnes ou corps de métier, il faut un règlement mais de là à «punir» des hommes prêts à risquer leur vie afin d'en sauver d'autres, l'on se croirait sur des bancs d'école primaire !
 

Le règlement organique.

Le règlement organique de tous les services d'incendie est un document basé sur un règlement type établi par le Ministère de L'Intérieur. Il doit être adapté à chaque service mais également être approuvé par le Conseil communal et par le gouverneur de la province.

Ce document a pour objectif de développer, entre autres choses, les chapitres principaux suivants : 

les différentes missions afférentes aux sapeurs-pompiers.
les cadres du personnel et le matériel minimum.
les conditions de recrutement et de promotion des membres du personnel.
les devoirs de l'officier médecin.
les bâtiments, leur structure, leur situation.
les documents administratifs et leur gestion.
l'assurance du personnel, etc.

Cela étant, le 19 décembre 1951, une lettre émanant du Ministère de l'Intérieur avisera le conseil de la décision prise de subsidier l'achat de matériel d'incendie jusqu'à concurrence de 50 % sur le prix d'achat des fournitures. Une première évaluation des besoins en matériel sera établie, le montant de celle-ci se chiffrera à 439.120 frs. Suite à l'accord du conseil d'engager cette dépense, le collège procèdera à la mise en adjudication relative à la fourniture de l'équipement et du matériel nécessaires.

Pour la première fois les choses semblent enfin se diriger vers le bon sens. Les autorités ont enfin compris que toute commune qui se respecte se doit de posséder un service incendie digne de ce nom et de surcroît, doté d'un matériel adéquat afin d'être apte à intervenir dans les diverses missions attribuées aux corps de sapeurs-pompiers. Les édiles communaux ont-ils enfin compris que l'on ne circonscrit pas les incendies avec des pistolets à eau ?

Tout ces événements nous amènent à l'aube de l'année 1952 et plus précisément le 5 janvier, date à laquelle les adjudications de fourniture d'équipements et de matériels ont étés attribuées de la manière suivante :

La firme BEDUWE de Liège livrera le matériel suivant :

  • 400 mètres de tuyaux de 70 mm à 72 frs. le m. soit 28800 frs.

  • 20 raccords N.B. à 135 frs. soit 2700 frs.

  • 200 mètres de tuyaux de 45 mm à 50 frs. le m. soit 10000 frs.

  • 10 raccords idoines à 100 frs. soit 1000 frs.

  • 12 vestes en cuir à 1745 frs. soit 20940 frs.

  • 12 paires de bottes en cuir à 985 frs. soit 11820 frs.

La firme WASTERLAIN de Bruxelles fournira 12 pantalons en drap pour la somme de 6300 frs.

La firme MERTENS de Tongres livrera et facturera 12 casques en liège pour un montant de 5100 frs.

Bien. Très bien même. Voilà au moins 12 sapeurs-pompiers volontaires qui seront correctement équipés lors des prochaines interventions. Le 13 février, le collège autorisera le garage Grégoire à fournir un raccord en bronze qui sera utilisé pour les diverses tuyauteries acquises dernièrement. Le prix de ce raccord spécial, facturé 600 frs. et ajouté aux dépenses précitées constitueront un débours global de 157760 frs.

1952, année bénie des Dieux ? Probablement car le 15 avril il sera décidé de l'achat du premier véhicule motorisé pour le service incendie. En l'occurrence, un véhicule de marque «Chevrolet» fourni par les Ets WERY de Trooz. Il en coûtera à la commune la somme de 130000 frs. En fait, ce camion était constitué de son châssis et d'une cabine de conduite. Il était dépourvu de carrosserie, celle-ci devait être spécialement adaptée pour le transport du matériel d'incendie. La firme RIGA de Beaufays se révéla compétente pour réaliser ce travail qu'elle factura pour la somme de 25450 frs.

Le premier chef de corps des sapeurs-pompiers de la commune d'Aywaille sera Lucien Paquay. Il sera commissionné pour une durée de un an à l'issue de laquelle il sera décidé d'une prolongation éventuelle de ses fonctions. Faudra-t-il encore qu'il suive de façon régulière et le plus rapidement possible les cours professionnels du degré primaire pour ensuite se présenter à l'examen de fin d'études. Il ne s'y présentera pourtant pas, Dieu et lui seuls savent pourquoi !

Le 27 octobre, la compagnie «Assurances Liégeoises» assurera en responsabilité civile le camion d'intervention et elle établira un autre contrat visant à couvrir le garage communal ainsi que l'ensemble du matériel du service incendie.

Certes la population d'Aywaille et environs aura dû attendre de longues années afin de se sentir en sécurité mais l'on peut maintenant affirmer que les choses ont favorablement évolué en quelques mois : la commune d'Aywaille vit donc naître son propre service incendie !
 

Les différentes missions des sapeurs pompiers.

La première mission incombant à un service d'incendie est par définition celle d'intervenir lorsqu'un incendie est déclaré dans un lieu quelconque. Cela coule de source. En outre, le service incendie a également la responsabilité d'intervenir en matière de prévention des accidents et incidents pouvant survenir dans les bâtiments publics afin d'en autoriser ou pas leur ouverture ou leur fonctionnement selon qu'ils sont ou pas conformes à la législation en matière de sécurité.

D'une manière générale, chaque casernement de pompiers possède une ou plusieurs ambulances visant à intervenir dans le cadre de l'Aide Médicale Urgente (AMU)

L'arrêté ministériel du 9 novembre 1967, complété par la circulaire du 17 décembre 1970, enjoint également aux sapeurs-pompiers d'intervenir dans les 22 cas de figure listés ci-après :

1. Transport et soins à un asphyxié ou un noyé ; apport d’oxygène.
2. Explosion.
3. Personne bloquée dans un ascenseur.
4. Personne réfugiée sur un toit (notamment s’il s’agit d’un aliéné)
5. Dégagement d’une personne ensevelie sous des décombres.
6. Dégagement d’une personne coincée sous un véhicule (tram, bus, voitures accidentées, etc.)
7. Transport urgent d’un malade ou d’une victime d’accident se trouvant sur la voie publique ou dans un lieu public.
8. Dégagement d’une personne électrocutée.
9. Dégagement d’un égoutier (asphyxie dans un égout)
10. Repêchage d’une personne tombée dans une citerne, dans un étang, dans un cours d’eau.
11. Désencombrement de la voirie, jonchée d’objets ou de matériaux représentant un péril pour les personnes ou pour les biens.
12. Dégagement d’une personne ayant un membre coincé dans une machine.
13. Vidange de caves inondées à la suite d’inondations ou de rupture de conduites d’eau installées sous la voie publique.
14. Fuite de gaz nocifs.
15. Chaudière en surchauffe.
16. Fuite de vapeur dans un immeuble.
17. Ventilation de locaux envahis par des fumées, gaz, etc.
18. Chute d’avion.
19. Inondation ou catastrophe.
20. Neutralisation d’une nappe d’hydrocarbure ou d’acide.
21. Recherche d’une source radioactive présentant un danger pour la population
22. Neutralisation ou destruction (éventuellement avec le concours d’un apiculteur) d’un nid ou d’un essaim d’abeilles ou de guêpes pouvant présenter un danger pour les personnes.

Au delà de ces obligations, il faut noter le fait que les sapeurs-pompiers interviennent généralement dans toutes les situations présentant un danger quelconque.

La continuité des bonnes initiatives.

Sans précisions supplémentaires, en date du 2 février 1953, la commune d'Aywaille passe une nouvelle commande de matériel pour le service incendie. Cette commande représente une dépense de 14.386 frs. Cette somme étant relativement élevée pour l'époque, elle doit probablement concerner un matériel important. Cela étant, faisant suite aux requêtes de plusieurs intervenants, le collège marque son accord afin que soit placée une sirène d'alarme sur l'un des murs de l'édifice comportant les divers bureaux de l'administration communale, situés rue Nicolas Lambercy. Cette décision fut prise en date du 19 mai 1953.

Comme je le précisais dans le chapitre précédent, Lucien Paquay ne s'est pas présenté à l'examen requis afin d'assurer la continuité de ses fonctions en qualité de chef de corps des pompiers. Il fallait donc pourvoir à son remplacement. Le 12 juin 1953, le Conseil faisait appel aux candidats volontaires afin de recruter un nouveau commandant et par la même occasion, mettait fin au commissionnement de Lucien Paquay.

Que s'est-il passé durant la commission de Paquay ? Si certains parmi les anciens sapeurs s'en souviennent, les archives restent muettes à ce sujet. Des divergences d'opinions entre les autorités locales et le chef de corps des pompiers ont probablement existé car en date du 30 juillet de cette même année, les membres du corps des sapeurs pompiers volontaires d'Aywaille menacèrent de démissionner en bloc si un nouveau commandant devait être nommé. Cela étant, il n'est probablement pas utile de connaître les motifs de ces brouilles internes. S'appuyant sur l'article 7 du règlement organique de l'époque, le Conseil considéra comme nulle et non avenue la lettre de démission lui envoyée par les pompiers volontaires.

A supposer que les pompiers aient été des professionnels, l'on peut comprendre le fait qu'on refusât leurs démissions mais l'on comprend moins que ne soient pas acceptées des démissions présentées par des personnes volontaires. Il eut été paradoxal de prendre des mesures disciplinaires ou autres envers des personnes dont la vocation est de venir bénévolement en aide à autrui. Lucien Paquay devait immanquablement être apprécié par ses hommes. Leur solidarité envers lui le démontrait.

Cependant, les membres du conseil communal n'ignorèrent pas totalement les menaces de démission avancées par les pompiers. En effet, lors d'une réunion datée du 30 juillet, il fut à nouveau proposé à Paquay de suivre les cours professionnels de sapeur pompier. Les archives n'en dévoilent pas davantage quant à la réponse de l'ancien chef de corps. Elle fut cependant négative, les mêmes archives nous le démontrant par la suite. De ce fait, le conseil fit appel aux candidatures volontaires pour suivre les cours professionnels. Il fut également décidé de leur accorder une prime de 2000 francs pour autant qu'ils acceptassent non seulement de suivre ces cours mais également de participer à l'examen final. Les archives ne nous disent pas le nombre de sapeurs ayant accepté de suivre ces cours mais elles nous apprennent la nomination par le conseil communal, en date du 25 septembre 1953, de Henri Résimont en qualité de chef de corps des pompiers. Cela pour un terme de un an et renouvelable pour autant que le nouveau chef de corps s'engage à suivre les cours et à se présenter à l'examen. Les archives nous apprendront qu'il aura dirigé le corps des sapeurs-pompiers durant 21 années.

Il faut noter une particularité importante en cette fin d'année 1953: le 10 novembre, le gouverneur provincial désigne la commune d'Aywaille comme étant le centre d'un groupe destiné à lutter contre les incendies et autres sinistres pouvant survenir dans les communes avoisinantes. Les localités et communes suivantes devinrent donc dépendantes du service incendie d'Aywaille :

  • Sprimont, Werbomont

  • Sougné-Remouchamps, Rouvreux

  • Lorcé, Dolembreux

  • Harzé, Chevron et Comblain-au-Pont

Aucun fait marquant ne sera relevé durant la fin de l'année. Le 12 février 1954, le conseil prit la décision d'approuver une convention-type dont le texte avait été élaboré 15 jours auparavant. Cette convention fut envoyée à chacune des communes annexées au service d'incendie d'Aywaille afin d'en recevoir leurs approbations. Il fut aussi décidé d'autoriser le Ministère de l'Intérieur à faire placer une sirène électrique sur les bâtiments de l'hôtel de ville de l'époque. Pour les puristes, nous dirons qu'elle était de marque “Tallin” et qu'elle était actionnée par un moteur de 3 CV. De nombreuses personnes se souviennent probablement encore du hurlement de cette sirène, entendue loin à la ronde, lorsqu'elle était actionnée lors d'un sinistre afin de rassembler les pompiers volontaires occupés dans divers ateliers ou bureaux situés à Aywaille.

Sans nous donner davantage de précisions, les archives mentionnent en date du 20 mars, le refus par la commune de Sprimont des directives reprises dans la convention préalablement établie avec les autres communes environnantes. Par le rejet de cette convention, Sprimont se voit ainsi contrainte de s'organiser d'une autre manière en cas de sinistre.

L'effectif relevé début 1954.

Toutes les sorties effectuées par les sapeurs pompiers sont consignées sur différents registres afin de conserver des traces de leurs diverses missions et interventions. La tenue régulière de ces cahiers permet, entre autres constatations, d'avoir un aperçu des sapeurs volontaires les plus fréquemment présents lors des interventions. Les archives de l'époque, au moyen de relevés des prestations effectuées au cours du premier trimestre de cette année 1954, attestent des prestations fréquentes exécutées par les sapeurs-pompiers suivants :

Joseph BERTRAND - Louis BIET - Alexis COMPÈRE - Marcel DAHMEN - Roger GEORGES - René GRÉGOIRE - Marcellin GUISET - Jean GUSTIN - Henri JACQUEMIN - René LEMAIRE - Octave LEROY - Lucien PAQUAY - Georges PIRET - Raymond REGIBEAU - Henri RESIMONT - Lucien RIXHON - Albert SCHOUNE - Gustave Van SCHOOR - Emile et Maurice WUIDAR.

 Leurs noms se rencontreront à de nombreuses reprises sur les rapports établis lors des multiples interventions ultérieures.

Les archives ne nous apprennent pas grand chose concernant l'année 1954 mais gageons qu'aucun fait bien marquant ne valait la peine d'être signalé. Relevons cependant la nomination à titre définitif de Henri RESIMONT en qualité de chef de corps des sapeurs pompiers de la commune d'Aywaille.

A des dates différentes au cours de cette année, le collège actera les accords des différentes communes environnantes avec la convention établie au mois de janvier.

© Jacques Schoumakers 2004

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