Le service régional d'incendie d'Aywaille (SRI)

Du matériel insuffisant et des volontaires absents.

Nous voici donc au tout début de l'année 1950. Commençons ce chapitre en citant une nouvelle décision prise par le collège et maintes fois répétée : le collège informe l'inspecteur provincial qu'il n'y a pas de corps de sapeurs pompiers constitué à Aywaille mais que la commune envisage de le créer à bref délai. Sage décision !

Cela étant, les archives sont contradictoires dans le sens où, par opposition à ce qui vient d'être dit, d'autres documents attestent de l'existence en 1945, de six équipes de volontaires mais rien ne fait mention de la manière dont elles ont été constituées ni par  quoi et par qui elles étaient formées. Chose étrange et, compte tenu du piètre matériel existant, l'on peut même se poser la question de savoir à quoi pouvaient bien servir six équipes de pompiers puisqu'il n'existait, à cette époque, qu'une charrette à bras et quelques bribes de matériels divers. Certes, il y avait bien la motopompe, livrée à la commune en 1944, mais existait-il du personnel suffisamment qualifié pour la mettre en oeuvre ? Rien n'est moins sûr.  De plus, l'on a jamais véritablement su où se trouvait ledit matériel, «stocké» à plusieurs endroits de la localité. Les archives n'attestent pas non plus de l'existence d'une personne réellement responsable de ce matériel.

Quelques mois auparavant, en 1949, la commune avait fait l'acquisition de quatre lances à incendies pouvant être branchées sur la nouvelle conduite d'eau desservant les principales rues de la localité. Celle-ci avait été mise en service le 17 novembre 1947. La pose de cette nouvelle conduite venait en remplacement des 16 pompes à main existant au centre d'Aywaille. Notons au passage le fait qu'il a fallu attendre deux années après la mise en service de cette conduite pour que soit prise la décision d'acquérir des lances d'incendies appropriées. Il s'agissait pourtant d'un matériel d'utilité publique qu'il eut fallu posséder bien plus tôt.

Cela dit, les différentes sources d'archives laissent la même trace d'une décision du collège manifestant son intention de réorganiser le service d'incendie local. Cette décision de vouloir remodeler un «service» dont rien n'atteste la réelle efficacité n'a probablement pas été décidée vainement. Ne faisait-elle pas suite à un incendie survenu le 24 octobre de la même année chez l'architecte Bonnesire ? Lors de cet incendie sujet à controverses, bien des rumeurs ont circulé quant à l'insuffisance du matériel existant ainsi qu'à son hypothétique efficacité. Point n'est besoin de se poser d'inutiles questions à ce sujet. Les articles précédents celui-ci démontrent amplement la carence des autorités locales face à l'absence de matériel correct.

Différents journaux locaux, dont «l'Ardenne Liégeoise», ont soulevé quelques critiques relatives à cet incendie et de nombreux «on-dit» attisaient les polémiques. Certaines personnes firent remarquer, à juste titre, l'absence de moyens d'intervention suffisants pour lutter contre les incendies. Cet incendie d'une rare violence permettait aussi de constater l'absence de personnel qualifié apte à manipuler et à faire fonctionner l'insignifiant matériel existant. Ne parlait-on pas pourtant de l'existence de six équipes constituées de volontaires ? Où se trouvaient-ils en ce jour du 24 octobre ? Avaient-ils tous peur du feu ? Existaient-ils réellement ? Étaient-ils véritablement motivés ? Voilà bien là un grand rideau noir derrière lequel il y a toute une chaîne de « Pourquoi ? »

«On» à dit que l'alerte avait été donnée tardivement aux pompiers de Liège. Mais qu'elle ait été donnée en retard ou pas, cela démontrait la totale inefficacité du service d'incendie existant dans la commune puisqu'il fallait recourir à des sapeurs pompiers dont le siège se trouvait à environ 25 kilomètres du lieu de l'incendie. «On» ne comprenait pas non plus pourquoi,  parmi les échevins locaux, les conseillers communaux ou encore les membres de la gendarmerie toute proche, personne n'avait réagit suffisamment à temps. «On» fit également remarquer qu'il existait pourtant une nouvelle conduite d'eau à Aywaille avec une pression suffisante pour accéder à une hauteur de plusieurs étages et «on» ne comprenait pas pourquoi il était impossible de trouver sur place un fontainier et des citoyens volontaires afin de combattre tout début d'incendie.

Cet incendie dévastateur allait-il remettre les pendules à l'heure afin de faire prendre conscience aux «autorités locales» qu'il était grand temps de prendre d'autres décisions plus judicieuses que celle de faire remarquer indéfiniment aux services provinciaux «qu'il n'existe pas de corps de sapeurs pompiers à Aywaille»

Bien évidemment et comme il fallait s'y attendre, les différentes autorités communales et les «notables  d'Aywaille» tentèrent de se justifier mais sans avoir des arguments convaincants. Ils n'auraient pas pu en avoir. Les élus locaux de l'époque ont fait la démonstration de leur manque total de prévoyance et d'organisation. Ils ont aussi montré leur inertie face à une problématique qu'il eut fallu résoudre bien des années plus avant.

Il n'y a pas de fumée sans feu. Et comme feu il y a eu, il ne fallait donc plus que pareilles inefficacités, incompétences et insouciances se reproduisent. Les citoyens ne les eurent certainement plus tolérées. Sept jours après cet incendie, le 31 octobre 1950, le collège décida de soumettre à la prochaine séance du conseil communal, la réorganisation du service d'incendie local. Le mot «organisation» eut été plus judicieux.

Le temps est venu de prendre de bonnes décisions.

Non seulement il est grand temps de prendre des décisions mais faut-il encore qu'elles soient judicieuses et qu'elles rassurent l'ensemble des citoyens de la commune qui sont en droit d'avoir un service d'incendie correct, sérieux et géré par des personnes compétentes. Le 13 novembre 1950, faisant suite à des pourparlers engagés avec diverses firmes spécialisées dans le matériel de lutte contre les incendies, le collège invite les membres du conseil communal mais aussi l'ensemble de la population à assister à une démonstration d'appareils divers. Les établissements Philips et Pacy furent invités à venir démontrer l'efficience de leur matériel. La démonstration eut lieu le dimanche 19 novembre. Entre-temps, les membres du conseil décidèrent à l'unanimité de faire l'acquisition de cinq nouveaux tuyaux afin de compléter le matériel existant mais également de prévoir un crédit de 20.000 francs au budget communal de 1951 en vue de l'achat de 5 pompes à mousses carbonique ou autres appareils qui seront jugés les plus adéquats. Jugés par qui et sous quels critères, l'on en sait pas davantage.

A la fin de la seconde guerre mondiale, de nombreux véhicules américains de toutes sortes ont été revendus pour pièce de pain aux populations demanderesses. Certains étaient même offerts gracieusement à des personnes qui en faisaient la demande. En effet, il eut été trop onéreux pour les armées libératrices de rapatrier l'entièreté de leurs véhicules. Pourquoi les «édiles» municipaux n'ont-ils jamais acquis l'un ou l'autre de ces véhicules parmi lesquels, les archives de guerre permettent de le constater, figuraient des véhicules de lutte contre les incendies ? Pourquoi n'ont-ils pas profité de l'occasion qui leur était offerte d'acquérir quasi gratuitement un ou deux camions afin de transporter le matériel existant ? N'oublions pas qu'à cette époque, la commune d'Aywaille ne possédait rien d'autre qu'une charrette à bras comme seul «véhicule» d'intervention.

Voilà des questions qui resteront sans réponse. Cela étant dit, le 25 de ce même mois, le bourgmestre fait part à l'assemblée des résultats de la démonstration réalisée par Philips et Pacy. Le collège échevinal est d'avis de reconnaître l'efficacité des appareils ayant été présentés et il reconnaît qu'ils viendront bien à point, si besoin en était, pour d'intervenir à bref délai dans le but d'empêcher l'extension d'un feu en attendant l'arrivée de la pompe et des lances à eau. Alors qu'il eut fallu que fussent désignés dans chacune des différentes sections de la commune un membre responsable chargé de faire appel aux pompiers le cas échéant, de petits désaccords entre certains membres du conseil ralentissent quelque peu la mise en route de l'organisation du service d'incendie.

Si le mot «pompiers» vient d'être utilisé, rappelons cependant une fois de plus qu'aucunes archives ne mentionnent leur nombre, leurs noms ou tout autre renseignement les concernant. Le 27 novembre, le collège prend la décision de faire transformer la charrette à bras utilisée pour le transport des rouleaux de tuyaux du service d'incendie à la condition qu'à l'occasion, ces rouleaux puissent être enlevés. Pour le moins, cette décision est très peu explicite mais elle traduit une fois de plus l'absence de matériel approprié. Nous sommes fin 1950 et le matériel existant reste bien piètre. Il sera également décidé ce jour là, de passer commande aux Ets. Philips et Pacy à Bruxelles, conformément à leur offre de :

  • Cinq appareils extincteurs à mousse carbonique épaisse, sur roues, et munis chacun de 2 mètres de tuyaux pour le prix de 7450 francs l'unité. Le montant total de cette somme était payable en cinq années.

  • Deux appareils RODÉO 5K° (sans autre précision sur leur fonctionnalité)

Environ trois mois plus tard, en 1951, le 12 février pour être plus précis que ce qui va être dit ci-après, l'échevin Henfling remet au collège la liste des pompiers volontaires existants : ils seraient au nombre de 41. Douze jours plus tard, le 24 février, le même échevin établit un rapport relatif à l'organisation du service d'incendie. Ce rapport mentionne :

  • L'acquisition d'extincteurs et de tuyaux afin de compléter le matériel existant.

  • L'existence d'un corps de pompiers volontaires au nombre de 32, soit neuf de moins qu'en date du douze. Ces volontaires seront réunis incessamment en vue de la constitution du groupe

  • Le relevé de toutes les bouches d'incendies existantes.

  • Le dépôt provisoire du matériel au «garage Grégoire» situé avenue Louis Libert.

  • La souscription d'une police d'assurance «responsabilité civile corps pompiers»

  • La problématique de l'«alarme» pour laquelle il sera décidé par le collège de l'achat éventuel d'une sirène.

Monsieur Lambercy propose au collège de solliciter l'intervention financière des compagnies d'assurances «incendies» dans l'achat du matériel et les frais d'organisation de ce service de pompiers volontaires

Est-il irraisonnable de penser qu'une commune devrait avoir un service d'incendie dont les intervenants seraient non pas des volontaires mais au contraire, des professionnels correctement formés et motivés mais également correctement payés ? Lorsqu'il s'agit d'offrir une sécurité décente à des citoyens dont les taxes ne sont pas toujours judicieusement utilisées, l'on peut alors se poser cette question. On imagine mal une clinique dont le personnel médical où le personnel soignant serait composé de personnes volontaires. Si les communes ne peuvent se permettre de rémunérer une cinquantaine de pompiers professionnels, il est certes aisé de le comprendre mais il serait normal qu'un certain nombre d'entre eux  soient de véritables «hommes du feu»

D'autre part, est-il normal qu'une commune ne dispose pas d'un local permettant de stocker tout son matériel existant ? Est-il normal que ce matériel soit mis en dépôt dans le local d'un particulier, en l'occurrence le garage Grégoire ? Cela étant, les réunions du collège vont bon train en cette année 1951 et rares sont celles au cours desquelles l'on ne parle pas du service «incendie-pompiers» Le 9 avril, le collège prendra la décision d'acquérir 20 extincteurs Volcan au prix de 50 francs par pièce ainsi qu'une pince coupe-fil isolante et deux torches électriques. Après avoir pris quelques renseignements auprès du commandant des pompiers de la ville de Liège, le collège prend la décision de commander trois paires de gants en amiante ainsi que trois combinaisons adaptées aux interventions de lutte contre les incendies.

Au cours du mois d'août, le collège fait à nouveau appel au commandant des pompiers de Liège afin de solliciter sa compétence pour faire un exposé aux pompiers volontaires d'Aywaille. Il faut de nouveau constater le manque de sérieux des décisions prises par le collège. L'on fait appel à qui veut bien donner son avis, qu'il soit ou pas compétent et l'on achète du matériel sans vraiment être certain de son efficacité.

© Jacques Schoumakers 2004

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