Le service régional d'incendie d'Aywaille (SRI)
De l'immobilisme vers pas grand chose.
Quelques jours avant l'été 1907, le 5 juin plus précisément, le
cantonnier Crahay ayant probablement constaté la vétusté du matériel
d'incendie affecté à la section de Sougné, se devait d'en avertir
ses supérieurs. Ce qu'il fit.
Faisant suite au rapport remis par le cantonnier, le conseil
communal prit la sage décision de charger le collège échevinal de
prendre les mesures nécessaires afin de faire examiner ledit
matériel par une personne compétente mais également de faire
effectuer au plus tôt les réparations nécessaires. Au vu du peu de
matériel décrit dans les précédents chapitres, l'on comprendra
aisément qu'il s'agissait probablement de réparations dérisoires.
Mais enfin, l'on ne pourra pas reprocher à l'administration de
n'avoir pas administré. N'eut-il pas mieux valu administrer plus
judicieusement pour prendre enfin une décision visant à constituer
un corps de sapeurs pompiers efficace et doté d'un matériel correct
?
La
suite nous démontrera qu'il n'en fut guère ainsi. Pourtant, en
regardant d'un peu plus près les annales historiques du passé
d'Aywaille, il est aisé de voir que la commune n'était pas avare de
prélèvements fiscaux parmi la population. De ce fait, les citoyens
n'étaient-ils pas en droit d'attendre l'élaboration d'un service
d'incendie efficace afin de leur venir en aide le cas échéant ? Avec
pareil matériel, il était fortement recommandé d'avoir toujours
quelques gousses d'ail bien accrochées par dessus la porte d'entrée
afin de repousser au plus loin les risques d'incendie !
L'immobilisme perdure puisque, quatre années plus tard en 1911,
rien n'a évolué. Aucune initiative concrète n'a vu le jour. Quelques décisions insignifiantes n'apportaient aucun changement
significatif à la situation existante. Au mois de juillet de cette
même année, le collège décida l'achat de tuyaux à nouveau pour les
pompes à incendies stationnées à Sougné. Il n'est pas possible
d'expliquer pourquoi le mot «pompes» est employé au pluriel car
jusqu'ici il avait toujours été fait mention de «la pompe» de
Sougné. Rien ne permet d'attester de l'achat par la commune d'une ou
plusieurs pompes supplémentaires.
A toutes fins utiles,
le conseil chargera le collège de faire effectuer des essais des
pompes à incendies existantes, pour le moins une fois par mois.
Parmi les membres de la société des Anciens Militaires, certains se
préoccupent de l'inertie des pouvoirs communaux. Ils introduisent
une demande auprès du conseil communal afin que ce dernier charge
une fois encore le collège d'étudier la mise en place d'un corps de
pompiers volontaires à Aywaille.
Nous allons une fois
de plus constater que des ans doivent encore passer avant de voir
arriver des choses concrètes. En février 1912, le collège, mis en
demeure par le conseil, devra trouver dans les délais les plus
courts, une «place» pour remiser le matériel d'incendie se trouvant
en dessous du pont du chemin de fer. Si l'on s'en tient à ce que
veulent bien nous révéler le peu d'archives relatives à ce «service»
il faut bien constater une évidence : soit le matériel de l'époque
est resté de nombreuses années à stagner sous le viaduc du chemin de
fer, soit l'on ne sait trop où il était remisé. Toujours est-il
qu'il faudra attendre jusqu'à 1951 (sic) afin de trouver trace d'un
local, si pas vraiment approprié, convenable pour remiser le
matériel d'incendie.
En août 1912, le
conseil communal introduit des demandes auprès des diverses sociétés
d'assurances contre les incendies afin que celles-ci interviennent
dans les frais d'organisation d'un corps de sapeurs pompiers.
C'était quasi leur demander la lune ! Pourquoi pas, sur la même
lancée, demander aux compagnies assurant les véhicules automoteurs
d'intervenir dans les frais d'achat de véhicules ? Ne dit-on pas que
les rêves font vivre ? L'on notera également, au cours de ce même
mois, l'«essai» de la pompe par les cantonniers. Chose très
importante à relever parmi les décisions prises par les pouvoirs communaux
jusqu'à présent. Cela étant, un an plus tard en août 1913, le
collège décidera à nouveau l'achat de quelques tuyaux en chanvre
pour les pompes à incendies d'Aywaille.
Trois années et
quelques incendies plus tard, le 6 novembre 1915 très précisément,
le collège ayant reçu une missive émanant du chef de
l'Arrondissement de Liège prend la décision de «prier» monsieur
Terwagne, alors secrétaire du comité de ravitaillement, de «nous
choisir» sur la liste des anciens militaires
30 hommes qui
accepteraient d'être pompiers. Ces hommes devront être choisis parmi
les maçons, les menuisiers, les ardoisiers ou encore les carriers et
etc. Bref,
parmi l'ensemble de la population. Viendra qui pourra. Viendront qui
voudront.
Affaire à suivre,
reposons-nous donc sept ans encore tout en sachant que Sougné
deviendra commune indépendante en 1921.

Ci-dessous, l'un
des véhicules actuels : camion-citerne d'une capacité de 8000 litres
pouvant transporter 3 sapeurs pompiers, chauffeur compris.

Immobilisme et absence de décisions concrètes.
Nous venons de prendre un peu de repos durant sept années au cours
desquelles rien de concret n'a été décidé si l'on s'en réfère aux archives.
Les autorités communales semblent avoir prolongé davantage leur
période de sommeil car les prochaines années vont, elles aussi, être
avares de décisions. Le 2 mai 1923 les dirigeants communaux
informent, une fois de plus, le commissaire d'arrondissement qu'il n'y
a pas de corps de sapeurs pompiers à Aywaille. Présumons qu'ils
finiront bien par le savoir !
Certes depuis les premiers projets élaborés (?) en 1807, les élus
communaux et les commissaires d'arrondissement ont été «renouvelés»
mais deux constatations doivent pourtant être faites : soit les
différents commissaires d'arrondissement éludaient
intentionnellement les informations qui leurs étaient transmises par les
pouvoirs communaux, soit les élus locaux n'avaient pas réellement
l'intention de voir se développer le corps de sapeurs pompiers à
Aywaille sinon, ils auraient pu se faire plus insistants voire plus
convaincants. Et il y avait probablement de multiples raisons à
cela. Gageons cependant qu'il devait exister bien des questions sans
réponses parmi la population de la commune.
Le
lendemain de ce 2 mai 1923, le commissaire de police en fonction à
cette époque, en l'occurrence l'agent Neuray, remet un rapport au
bourgmestre concernant l'état du matériel existant.
Voici ce qu'il écrivit à son supérieur :
Monsieur le
bourgmestre,
J’ai l’avantage de
vous faire connaître que, conformément aux ordres reçus, j’ai fait
procéder ce jour à la manœuvre de la pompe à incendie et que j’ai
constaté qu’elle fonctionnait régulièrement. Les tuyaux d’aspiration
(dix mètres) et environ cent mètres de tuyaux de refoulement sont
également en parfait état. Le reste des tuyaux laisse à désirer mais
il peut néanmoins encore servir en cas de nécessité.
A mon avis, on peut
donc considérer le matériel comme suffisant et en bon état.
Bien dévoué.
Le Commissaire de
police.
Fort de ce rapport, le
bourgmestre pouvait ainsi rassurer les membres du conseil puisque
son subordonné jugeait le matériel suffisant. Il était donc inutile
de polémiquer davantage sur le sujet.
Trois années plus
tard, une nouvelle décision émane du collège. Ce dernier chargera le
fontainier communal de vérifier et de faire fonctionner tous les
premiers lundis du mois la pompe à incendie. Pour ce faire, il sera
aidé par les citoyens Monseur et Herbet. Quasi 10 années se sont
écoulées depuis qu'il avait été décidé de «trouver» 30 hommes «qui
accepteraient d'être pompiers»
Sans doute était-ce là un type d'hommes introuvables car rien ne
fait mention d'un engagement quelconque parmi la population. Et l'on
en reparlera pas encore de si tôt.
Que dire de la
nouvelle décennie à venir ? Pas grand chose, des faits sans grande
importance, rien de bien concret :
-
En octobre 1933,
le collège demande aux établissements Brasseur et Cie, de
Sprimont, une démonstration gratuite et sans engagement de leur
matériel contre l'incendie.
-
En mai 1934, le
collège demande au gouverneur d'envisager
s'il ne
conviendrait pas de provoquer l'établissement de corps de
sapeurs pompiers intercommunaux
mais aucune réponse ne se manifeste.
-
En octobre 1935,
le collège chargera le fontainier de lui transmettre un rapport
relatif à la pompe à incendie
que l'on avait
utilisée le 26 du mois lors d'un incendie survenu à
Sougné-Remouchamps.
-
En mars 1936, la
société SICLI prend l'initiative, sous le patronage de
l'administration communale, de réaliser une démonstration de
leur matériel de lutte contre les incendies. La presse locale en
fait mention en invitant la population à y assister. Il s'agira
d'une démonstration du maniement des extincteurs et l'on profite
de l'occasion afin de faire un nouvel
appel aux candidats pompiers :
ces notions
pourront leur servir
peut-on lire dans un journal local.
Ces démonstrations
eurent lieu le premier jour de mars à 11 heures, le long de
l'Amblève dans l'actuelle rue du Rivage.
La presse relatera quelque peu cette initiative en écrivant :
la démonstration qui
a eu lieu dimanche matin au moyen d'extincteurs à donné les
meilleurs résultats.
Une bonne centaine de spectateurs avaient assisté à ces
démonstrations
tous convaincus que les
appareils SICLI seraient réellement appréciables s'il s'agissait
d'arrêter un commencement d'incendie.
Assistait également à ces démonstrations, M. Beduwé, directeur de
l'usine de Liège portant le même nom et de réputation mondiale.
Une vingtaine de jours
plus tard, la commune prescrira d'achalander quelque peu le matériel
existant en décidant l'achat de :
-
75 m. de tuyaux en
chanvre 12 fils en 5 pièces de 15 mètres.
-
10 raccords pour
ces différents tuyaux.
-
3 douzaines de
joints en caoutchouc.
Les autorités
communales ne pouvaient pas nier l'absence de matériel correct pour
lutter contre les incendies. S'il avait fallu faire face à un
incendie d'une rare intensité, la population aurait été en droit de
se poser maintes questions relatives à la passivité des pouvoirs
communaux. Dans toutes choses l'argent est roi mais les citoyens
paient suffisamment d'impôts pour avoir le droit d'être secourus. Si
l'on analyse d'un peu plus près les archives, ces dernières nous
apprennent que l'argent du peuple n'a pas toujours été utilisé à bon
escient ni a des fins réellement utiles.
On peut parfois se
demander qui prend certaines décisions mais également si l'on a
réfléchi avant de les prendre. Le 17 mars 1937, le collège s'informe
auprès de la ville de Liège afin de savoir si celle-ci peut lui
procurer le concours de leurs pompiers en cas de sinistre et ce,
moyennant quel prix.
Plaçons-nous dans le
contexte de l'époque : Aywaille est située à 25 kilomètres de Liège
et imaginons-nous l'état des routes d'alors, on peut deviner aisément qu'il
n'allait pas rester grand chose à sauvegarder si un incendie
important était survenu. Tout au plus les pompiers de Liège eurent-ils
encore pu apercevoir quelques bribes de fumées à leur arrivée à Aywaille.
Cinq années
auparavant, le bourgmestre de Liège avait déjà établi un arrêté
déterminant les conditions à remplir par les communes avoisinantes
si l'une d'elles souhaitait obtenir une intervention des sapeurs
pompiers liégeois. Le conseil communal d'Aywaille prendra
connaissance de ces conditions le 25 juin 1937. De cet arrêté, il
résultait
qu'en cas d'urgence l'un quelconque des administrés pourrait en
faire la réquisition aux frais de la commune et décide :
1) d'émettre
un vœu à Monsieur le Gouverneur de la province de voir se réaliser
sans plus de retard la constitution des centres de sapeurs pompiers
intercommunaux prévus par l'arrêté royal du 15 mars 1935.
2) de demander
aux établissements spécialisés leurs prix pour fourniture d'un
matériel moderne propre à combattre l'incendie.
Remarquons également
que le bourgmestre liégeois ne s'inquiète pas lui non plus, de la
distance séparant les deux communes et de l'inutilité d'intervenir
en cas de sinistre à Aywaille. Les archives ne mentionnent pas si un
accord à été ou pas établi entre les deux communes.
Deux années plus tard, le 4 octobre 1939, le citoyen fontainier
Lambotte dresse l'inventaire du matériel de lutte contre l'incendie
dont dispose la commune et l'on constate qu'il n'a pas évolué. La
commune d'Aywaille dispose du matériel suivant :
-
Une pompe à bras
aspirante et refoulante «ancien système».
-
Une charrette à
bras afin de transporter ladite pompe.
-
105 mètres de
tuyaux refoulant.
-
10 mètres de
tuyaux aspirant.
-
2 lances.
Le
fontainier atteste le bon état du matériel. Le 8 novembre de la même
année, il sera dressé un relevé des ressources en eaux disponibles
dans la commune. Dans toutes les rues d'Aywaille mais également dans
les villages environnants, tous les étangs et citernes mais aussi
les mares et les puits furent répertoriés. Ce relevé représente une
rare décision concrète et utile parmi les décisions dérisoires
remarquées jusqu'à cette date.
Le
premier juin 1940, au vu de divers articles et lois et vu l'urgence,
le conseil décide de faire appel à des volontaires dans le but de
constituer un corps de pompiers dont les statuts seront établis en
conséquence. Comme nous l'avons vu à maintes reprises, les archives
ne mentionnent jamais le nombre de personnes volontaires ayant
apporté leur aide lorsqu'il y avait eu lieu de circonscrire les
différents feux survenus dans le passé. Même si le matériel détenu
par la commune était encore bien dérisoire en cette année 1940, il
fallait pourtant la présence de quelques bonnes volontés pour
manipuler ces engins, le cas échéant.
Deux années passent. Le premier décembre 1942, le collège donne son
accord de principe afin d'acquérir une motopompe et ses divers
accessoires. Le collège demandera l'accord des communes
environnantes
faisant partie du
groupement «Corps de Pompiers» d'intervenir dans les frais éventuels
engendrés par la production des matières de réemploi. (Fontes,
mitrailles, ...)
Il s'agit là d'une demande relativement peu explicite.
Ceci étant, la commune et le pays comme tant d'autres nations sont
sous occupation allemande et subissent les affres et les
incertitudes afférentes à cette situation peu propice à la prise de
grandes décisions.
La
motopompe n'arrivera dans la commune d'Aywaille qu'à la fin de
l'année 1944 mais de là jusqu'au mois août 1947 nous ne relèverons
aucune donnée significative pouvant indiquer une avancée quelconque.
Le dix de ce mois, le fontainier transmet un rapport au conseil afin
d'informer les membres
de l'état très
défectueux des tuyaux de la pompe à incendie.
Le conseil agira en conséquence et
demandera prix pour
fourniture de tuyaux.
Une fois encore, les archives restent silencieuses. Nous ne pourrons
donc pas savoir ce qui a été réellement fourni à la commune et ce, y
compris au cours des trois années à venir, nous amenant ainsi en
janvier 1950, date à laquelle les choses vont enfin évoluer de
manière sensible.