Le service régional d'incendie d'Aywaille (SRI)

En 1807 déjà.

Peut-être en parlait-on déjà auparavant mais il n'en subsiste aucune trace, écrite ou autre. Toujours est-il qu'une circulaire datée du 29 août 1808, émise par le préfet du département de l'Ourte, était envoyée aux différents maires en faisant rappel de certaines instructions qu'ils avaient reçues en date du 24 nivôse de l'an X de la république. N'oublions pas que notre pays était alors sous occupation française. Il faut donc se replacer dans le contexte de l'époque et s'imaginer quelles étaient les conséquences tragiques pouvant découler d'un incendie survenu dans l'un ou l'autre des petits villages constituant notre commune.

Il est aisé de comprendre la détresse des personnes victimes d'un incendie ou d'un autre événement dramatique survenu dans des endroits éloignés du centre d'Aywaille tels que le village de Niaster ou encore à Baiheid et dans bien d'autres endroits. Service d'incendie ou pas, seuls les habitants de ces enclavements étaient en mesure de subvenir à leurs propres secours. D'une manière générale, les incendies étaient circonscrits par toute la population environnante. Hommes, femmes et enfants participaient aux interventions. Les hommes portaient les seaux pleins, les femmes et enfants les seaux vides.

Cette première circulaire datant de l'an X visait à faire prendre des mesures et des précautions nécessaires afin d'arrêter les incendies mais également à prendre des mesures préventives dans le but de les éviter en appliquant certains principes élémentaires à certains contextes particuliers.

Jusqu'en 1814, aucun fait singulier n'est à signaler au niveau de ce service, si ce n'est la parution de deux nouvelles circulaires, l'une en date du 28 avril 1809 et l'autre datée du 20 octobre 1810. Elles visaient à prendre des mesures relatives au perfectionnement des pompes à incendie existantes pour lesquelles aucun élément d'archives ne permet de fournir davantage de précisions quant à leur nombre et à leur état.

En 1814, l'inspecteur général de la police ayant probablement constaté qu'il était souvent fait abstraction par la population des mesures préventives dictées par l'arrêté du 15 mars 1808, décida d'en avertir le Commissaire du Canton de Louveigné au moyen d'une lettre qu'il lui fit parvenir le 26 9bre de cette même année. Dans sa lettre, l'inspecteur ordonnait de faire renouveler la publication de l'arrêté susdit mais également d'en faire exécuter assidûment chacun des articles.

Il insistait particulièrement pour que soient respectés et strictement appliqués les articles 9, 10 et 16 de l'arrêté dont il est question.

Respectivement, ces articles ciblaient tout ce qui concerne les constructions de cheminées et l'on devine aisément quel pouvait être leur degré de fiabilité à cette époque. L'article suivant rappelait qu'il était défendu de jeter des cendres dans les rues ou encore dans les basses-cours sous peine de se voir gratifier d'une amende de 25 francs.

Quant à l'article 16, il stipulait qu'il était strictement interdit d'entrer partout où il y avait des matières combustibles avec la pipe allumée, fut-elle même couverte, ni avec des «lumières» si elles n'étaient pas correctement renfermées dans des lanternes «bien closes» Tout contrevenant encourait une peine de 100 francs voire même le double s'il récidivait !

Le maire adjoint de l'époque, Ph.J. Piromboeuf, se vit contraint de faire exécuter dans les plus brefs délais la visite des habitations de la commune afin de s'assurer si chacun des ménages possédant des étables ou des écuries, était ou pas pourvu d'une lanterne offrant toutes les garanties de sécurité. Les cheminées furent elles aussi passées au crible afin de s'assurer qu'elles fussent correctement nettoyées et exemptes de tout danger.

Dans le cas contraire, un rapport mentionnant les noms des défaillants eut été transmis à l'inspecteur général par l'intermédiaire du Commissaire de Canton. Cette décision fut ratifiée en date du 10 Xbre 1814. Les inspections des habitations ne se firent pas attendre longtemps puisque en date du 16 décembre les résultats étaient déjà connus et furent communiqués au Commissaire de Canton au moyen de la lettre reproduite textuellement ci-dessous :

«Monsieur le Commissaire du Canton de Louveigné,

Ensuite de votre circulaire en date du 4 de ce mois, en exécution de la lettre de Mr l’inspecteur général de police, j’ai renouvelé dans ma commune la publication de l’Arrêté du 15 mars 1808.
J’ai, en conséquence, fait exécuter dans ma commune par les champêtres de chaque section, pour m’assurer si tous les particuliers tenant étables et écuries étaient munis d’une lanterne bien close et si toutes les cheminées étaient exemptes de danger.
Ensuite du rapport me fait hier soir, toutes les cheminées se trouvent nettoyées. J’en suis d’autant plus assuré que les ramoneurs ordinaires ont fait le tour de la commune il y a environ un mois. Dans toutes les maisons tenant étables, granges et écuries il s’est trouvé des lanternes en bon état à l’exception de six maisons qui sont des moindres particuliers qui ne sont dans le cas de visiter nuitamment leurs étables; ils se sont néanmoins obligés de s’en procurer incessamment et de nous en faire conster.»

Bien évidemment, l'on découvrit au cours de cette «enquête» quelques contrevenants, appelés plus précisément «défaillants» Ils étaient au nombre de six.

Les défaillants étaient messieurs :

- Simon Burnonville
- Louis Charette
- Léonard Hanquet
- Hubert Mouchoit
- Léonard Minguet
- Nicolas Larbanois.

Le 3 mars 1816, la mairie d'Aywaille insiste à nouveau sur la prévention des incendies qui surviennent généralement par faute de prévoyance. L'insouciance des propriétaires ou des locataires de biens immobiliers est parfois la cause de désastres auxquels il est presque toujours impossible de remédier. L'on constate effectivement qu'il serait possible, avec un peu de bonne volonté, d'éviter des accidents pouvant frôler la catastrophe.

Cela étant, il sera dorénavant strictement défendu d'ériger ou d'utiliser des cheminées composites, mêlant à la fois bois et maçonnerie. De même, les cheminées adossées à des cloisons en bois devront être rapidement démolies sous peine de 200 francs d'amende.

Le bourgmestre rappelle aux parents qu'ils seront rendus responsables des malveillances commises par leurs enfants. Les «maîtres» seront eux aussi responsables des désinvoltures dont feront preuve leurs «domestiques» A dater de ce jour également, il sera défendu de travailler nuitamment dans des greniers renfermant des récoltes sous peine de se voir gratifier d'une «distinction» de 100 francs.

De plus, je cite : le même article proscrit le blâmable usage de passer de maison en maison avec des brasiers ardents, des torches ou des tisons allumés dont les étincelles peuvent être poussées par le vent à une très grande distance.

Dans ce cas de figure également, des «distinctions» seront prévues pour les récalcitrants et les récidivistes. Tout cela nous amène en 1823, le 10 avril plus précisément, date à laquelle le mayeur et les membres du conseil municipal prennent la décision d'acquérir une pompe à incendie mais également de nommer 7 pompiers dont l'un d'entre eux sera nommé «chef» afin de diriger l'utilisation de la dite pompe. Les sept pompiers seront recrutés parmi la population aqualienne. Seront choisis, les plus capables et les plus estimés comme l'atteste la décision citée ci-dessous.

Cette décision faisait suite à une directive du Gouverneur de la province envoyée à tous les mayeurs afin de leur rappeler : qu'il incombe aux chefs des administrations tant des villes que des communes rurales de pourvoir à l’établissement des moyens suffisants pour l’extinction du feu dans les cas d’incendies et à celle de s’occuper de la confection d’un règlement sur les incendies.

Depuis plusieurs années, quelques événements malheureux étaient survenus sur le territoire communal faisant suite à des incendies. Il y avait là des raisons bien suffisantes pour faire en sorte que soient appliquées à la lettre toutes les directives imposées par le Gouverneur. Il devenait donc impératif de respecter ces deux consignes :

L’administration locale a lieu de fixer sérieusement son attention sur la nécessité de remplir cette double obligation et sur la grande responsabilité qui pèseront sur celles qui ne se mettraient pas en devoir d’y satisfaire;

Considérant en outre qu’on ne peut obtenir des secours prompts d’aucun endroit voisin en cas d’incendie et que l’acquisition d’une pompe ne pourrait être considérée comme une charge trop aggravante pour la caisse communale attendu qu’il reste à la disposition de la commune des ressources suffisantes pour faire face à cette dépense;

Le conseil est d’avis qu’il soit fait incessamment un devis estimatif d’une pompe à incendie ainsi que des accessoires nécessaires à son service;

Il sera nommé parmi les habitants les plus capables et les plus estimés sept pompiers y compris un chef qui seront chargés de la direction de tout ce qui regarde la manoeuvre de la pompe;

Il sera fait un règlement particulier sur les incendies suivant le modèle annexé au Mémorial 249, lequel sera fourni, avec le devis estimatif, à l’autorité supérieure pour être revêtus de son approbation.

Fait en séance à Aywaille le 10 avril 1823.

Les archives communales ne permettent pas d'apporter d'autres précisions relatives à la période située entre 1823 et 1837, année au début de laquelle est dressé un inventaire des biens communaux, lequel mentionne entre autres matériels, trois pompes à incendie, soit deux pompes à main et une pompe avec tuyaux.

Au cours de ces trente dernières années écoulées depuis 1807, force est de constater qu'il n'y eut guère d'évolution tant au niveau du personnel qu'au niveau du matériel attribué au service d'incendie. En somme, avec un matériel aussi rudimentaire, l'on ne pouvait pas véritablement parler de «service d'incendie» L'usage des seaux d'eau, transportés «à la chaîne» par les quelques habitants présents alentours était quasi le seul recours utilisé afin de circonscrire les feux dévastateurs. Cela laisse entrevoir l'ampleur de certains sinistres ainsi que les conséquences dramatiques qu'ils pouvaient engendrer.

30 ans déjà.

Le 18 novembre 1836, le Gouverneur de la province faisait parvenir à tous les maires concernés une circulaire par laquelle il invitait tous les conseils communaux à examiner un projet de règlement sur les incendies.

En date du 8 février 1837, il fut décidé par les membres du conseil communal d'Aywaille de proposer quelques modifications à cette règlementation au vu de certaines constatations établies lors de différents sinistres. Les habitations agglomérées étaient pour la plupart séparées entre elles par des cloisons érigées en bois et en argile. Les trois quarts des maisons étaient construites de la sorte et il eut été trop onéreux d'y apporter les modifications nécessaires pour en améliorer la sécurité. Le conseil communal décida qu'elles pourraient être maintenues dans cet état jusqu'à ce que de nouvelles habitations vinssent les remplacer progressivement.

D'autre part, je cite : Le dépassement des murs séparatifs, de trois palmes de hauteur au-dessus des toits, parait être presque impraticable dans cette commune où les murs se font avec des pierres brutes tandis que les sommités des murs de dépassement doivent être en briques qui n’existent pas dans le pays. Cette méthode au-dessus des moyens du peuple ne pourrait être mise à exécution qu’exceptionnellement même pour les nouvelles bâtisses, vu surtout les inconvénients qui résulteraient de la filtration des eaux pluviales le long de ces murailles sous le rapport de la détérioration des fourrages y adjacents et qu’une surveillance, dont le peuple n’est pas susceptible, ne saurait empêcher.

Obliger tous les habitants des zones rurales à recouvrir les toitures de leurs habitations en matériaux durs n'aurait abouti quasi à rien puisque leurs très faibles revenus ne leur permettaient pas d'envisager de réaliser des travaux de cette importance.

Quelques autres modifications sommaires furent apportées à ce règlement auquel il fut rajouté un article par lequel il devenait défendu d'utiliser des tisons embrasés ou des tisons ardents dans les locaux , rues et cours ou autres endroits servant à éclairer ou autrement, de transporter du feu ou de la lumière en plein air, autrement que dans une lanterne close ou dans un vase de métal ou de terre fermé de manière à ne point laisser échapper du feu.

Il n'est pas toujours aisé de cerner le contexte de ces réglementations traduites dans un style laissant une large place à diverses interprétations possibles.

Ici encore les archives sont rares et ne font pas le bonheur du chercheur. Nous voici en janvier 1841 et l'on constate que rien, hormis quelques règlements, n'a vraiment évolué puisqu'une «statistique» dressée au premier janvier de cette année et publiée au Mémorial Administratif ne mentionne rien d'autre que trois pompes à incendie.

Vingt années plus tard un nouveau relevé du matériel d'incendie atteste de la présence de :

3 pompes, 1 grande et 2 petites.
11 seaux à incendie.
15,25 mètres d'échelle.

Les pompes et les tuyaux sont déclarés en bon état. Mais il faut espérer ne pas devoir faire face à des incendies trop violents avec pareil équipement !

Le 28 octobre 1875, la commune informe le Commissaire d'arrondissement qu'il n'y a pas de corps de sapeurs pompiers à Aywaille. Ce fonctionnaire ne réagira pas de façon positive avant plusieurs années, nous le verrons par la suite. Cependant quelques mois plus tard, le 13 avril 1876, la commune accusera réception d'une pompe à incendie fournie par la fabrique Thiriart de Liège dont la facture très détaillée mentionne les précisions suivantes :

Pompe à incendie aspirante et foulante de 100 mm avec ses clefs à démonter, montée sur un chariot à ressorts à 2 roues munie de :16 mètres de boyaux en cuir rivé avec 2 raccords en cuivre y adaptés.
1 lance à deux orifices mobiles.
2 leviers de manœuvre.
6 mètres de tuyaux d'aspiration en caoutchouc avec raccord en cuivre.
1 bouteille d'aspiration.

Le prix de cette pompe munie des accessoires précités s'élève à 1050 francs. Les 20 seaux en osier, garnis de toile peinte commandés eux aussi auprès de la firme Thiriart, seront livrés pour la somme de 55 francs. Ce matériel ne sera pas payé au grand comptant. Il sera d'abord versé une première somme de 600 Frs mais les archives ne permettent pas de connaître la date à laquelle a été soldée cette facture.

Au cours de la même année, le 20 mai, le bourgmestre Mathieu Joseph Carpentier informe le conseil communal de la nécessité de construire une remise afin d'y placer le matériel relatif à la lutte contre les incendies. Le conseil marquera son approbation de faire dresser les plans et devis pour la construction de cette remise afin d'y renfermer ce matériel comprenant principalement deux pompes et leurs accessoires.

Le 31 juillet 1878, la même fabrique Thiriart livrera une autre pompe destinée à la section de Sougné-Remouchamps et le 27 décembre 1881, la commune décidera de l'achat de 17 mètres de cordes (à 20 centimes le mètre !) chez Jacques Magam de Remouchamps.

Le récit de ces diverses décisions relatives aux achats de matériel étalés sur plusieurs années permet d'avoir une idée de ce qu'étaient les moyens existants pour lutter contre les incendies. Il permet aussi de comparer les prix d'alors avec ceux demandés de nos jours. Nous pouvons également constater le fait que les choses n'ont pas réellement évolué depuis l'année 1807 et nous remarquerons dans la troisième partie de ce récit qu'il faudra encore attendre plusieurs années avant de constater un réel avancement.


Ci-dessus, copie de la facture d'achat de la première pompe.

Stagnation.

Il faut se rendre à l'évidence : depuis 1881, date à laquelle la commune fait l'acquisition de 17 mètres de cordes, représentant un achat dérisoire, les choses n'évoluent pas. De circulaires en décisions sans réel intérêt, l'on est par la force des choses amené à se demander si les autorités communales se préoccupent réellement des dangers encourus par le manque total de moyens préventifs mis à la disposition des citoyens en cas de survenue d'un éventuel sinistre.

L'absence d'archives communales atteste aussi ces carences car si les «édiles communaux» de l'époque s'étaient réellement souciés de l'intérêt des populations à risque, ils se seraient fait honneur d'en parler lors de leurs réunions aux différents Conseils et l'on en retrouverait des traces.

Dans les années à venir, des décisions du Conseil et des arrêtés divers vont laisser entrevoir qu'il existe des préoccupations relatives à l'élaboration d'un service d'incendie mais ce ne seront que des leurres car ces «arrêtés» n'ont pas de réelles déterminations comme nous allons le voir.

Le 26 décembre 1883, le bourgmestre Carpentier informe le Conseil communal de l'absence, à Aywaille, de personnel capable d'intervenir efficacement en cas d'incendie. Il porte à la connaissance de ses fidèles adjoints et autres conseillers le fait qu'il existe à Aywaille plusieurs pompes à incendie qui sont rarement visitées et activées par, je cite, des personnes qui n'y connaissent rien !

N'oublie-t-il pas de mentionner qu'il s'agit de personnes volontaires? Cela étant, le Conseil admet qu'il serait judicieux de nommer dans la section d'Aywaille un corps de pompiers composé d'une douzaine d'hommes. Ceux-ci auraient pour mission, je cite, de visiter de temps en temps les pompes, de les entretenir et de les faire fonctionner de temps à autre. Il est admis également de leur allouer une rémunération pour ces travaux de maintenance. Une fois de plus, les archivistes n'ont rien transcrit sur les identités de cette douzaine d'hommes, un peu choisis comme l'on irait chercher une douzaine d'oeufs !

Le temps passe et repasse. Rien n'avance réellement. J'allais pourtant omettre de dire qu'en août 1884, il avait été adjugé à Modeste Kreutz la construction de huit bouches à incendie sur la «voûte» du village d'Aywaille et ce, pour la modeste somme de 149 francs.

Les archives attestent les remerciements transmis par la commune de Rouvreux à la commune d'Aywaille qui avait généreusement prêté une pompe d'incendie lors d'un sinistre survenu dans le village d'Amblève. C'était en 1888.

Ne voila-t-il pas qu'une fois de plus, au cours d'une séance du Conseil communal datée du 24 décembre 1890, la commune informe le Commissaire d'arrondissement du fait qu'il n'y a pas de corps de sapeurs pompiers à Aywaille et ce, la veille de la fête de Noël ! Ce Commissaire avait probablement d'autres choses plus préoccupantes car les archives communales ne témoignent d'aucune réaction de sa part durant les quelques années suivantes.

De Conseils en Commissaires, nous voici en l'an 1896 et il n'existe toujours aucune trace de l'existence d'un corps de sapeurs pompiers dans la commune d'Aywaille. Curieusement, les archives ne font aucune mention de sinistres survenus par le passé. Peut-être n'y en avait-il jamais eu depuis 1807. Tant mieux mais ce serait là une chose bien étonnante.

Ci-dessous, la copie d'un mandat délivré par le bourgmestre au receveur communal de l'époque, l'autorisant à payer la somme de 3 francs et 40 centimes pour l'achat de 17 mètres de cordes destinés au service de la pompe à incendie localisée à Sougné-Remouchamps.

De l'immobilisme vers l'immobilisme.

Si les archives pouvaient parler, elles seraient probablement d'accord entre elles pour dénoncer le désintérêt flagrant manifesté par les autorités communales face à la constitution d'un corps de sapeurs pompiers à Aywaille. L'absence d'archives relatives à cette problématique parle d'elle même. Tout est politique et comme chacun le sait, l'art de cette «science» est de parler pour ne rien dire, au lieu d'agir. Un service d'incendie ne rapporterait financièrement rien à la commune. Au contraire. Dans ce cas, l'on comprend aisément les suggestions élusives remarquées lors des différentes réunions du conseil communal lorsque il était question de parler des sapeurs pompiers.

C'était donc de la démagogie pure et simple. Mais les notables, les «propriétaires» et autres «maîtres» d'Aywaille  encourraient-ils des risques en cas d'incendie ? Moins en tout cas que les habitants de Hassoumont ou de Niaster ou encore de Baiheid qui n'étaient que de simples cultivateurs.

Dans le chapitre précédent nous avons pu prendre connaissance du fait que la commune informait une fois de plus le Commissaire de l'absence d'un service d'incendie. Ce n'était certes pas la première fois et pas la dernière. Découvrons les années suivantes afin de nous rendre compte de l'inertie des intentions.

Le 9 décembre 1896, la commune «prie» Monsieur le ministre des Chemins de Fer de bien vouloir faire construire une palissade en dessous de l'une des arcades du viaduc construit pour le passage des voies ferrées au dessus de la chaussée menant vers Awan et Harzé. Ceci afin de pouvoir y remiser les pompes à incendie dont la commune était propriétaire.

Monsieur le Ministre, je cite,

Il serait très utile d’entourer de palissades les arcades du viaduc de la traverse Aywaille Centre du chemin de fer de l’Amblève. Nous vous serions très obligés, Monsieur le Ministre, si vous vouliez bien donner les ordres nécessaires à cet effet. Il y a danger permanent à cause des divers dépôts, charrettes, etc. qu’on y met pour ainsi dire chaque jour. Après la fermeture dont nous vous demandons l’établissement, nous pourrions facilement remiser les pompes à incendie de la commune.

Dans l’espoir d’une réponse favorable, nous vous prions…….

Au cours du même mois de décembre, la commune avait introduit une demande d'autorisation auprès le Gouverneur de la Province afin que fussent placés des tuyaux de pompes à incendie au pignon de la gendarmerie. Cela démontre qu'il fallait impérativement recevoir une autorisation émanant d'un Haut Niveau afin de pouvoir assurer une sécurité bien dérisoire à la population en cas d'incendie.

Dans les divers bureaux des Chemins de Fer de l'époque, lorsque les fonctionnaires arrivant en retard croisaient leurs collègues quittant leur travail avant l'heure (chose pourtant difficile) certains d'entre eux prirent néanmoins la décision d'accorder l'autorisation nécessaire afin de réaliser la palissade demandée.

Au cours des années 1897 et 1898, le sieur Gilles fut mandaté afin d'effectuer la clôture des arcades du pont du Chemin de Fer. Il profite de l'occasion pour apporter quelques réparations nécessaires aux pompes d'incendie. Auparavant, ce matériel quasi dérisoire était renfermé dans une remise louée par la commune au fermier Dumont.

Le citoyen Joseph Vrancken sera rendu responsable du bon badigeonnage des planches constituant l'enclos destiné au matériel d'incendie et le 9 mai 1898, le sieur Victor Rixhon, alors marchand de bois à Aywaille facturera à la commune les divers matériaux et marchandises utilisés pour la construction de cette palissade se trouvant sous l'arcade «Honhon»

Entre-temps, le 9 avril 1897 la commune avait acheté à la firme Dewandre de Liège des fournitures pour la pompe à incendie, à savoir :

  •  30 mètres de tuyaux de chanvre (?)

  • 2 Raccords à fileter.

  • 4 ligatures.

  • 1 Lance.

Frais de port compris, la facture relative à cette commande s'élevait à la somme de 72 francs et 20 centimes.

On relèvera encore parmi les archives, l'achat en septembre 1898 de quelques tuyaux pour la pompe à incendie de Sougné.

Laissons maintenant reposer quelque peu les élus communaux jusqu'en 1907 car ils ont dû prendre beaucoup de décisions et ils doivent réfléchir à l'extension éventuelle du service d'incendie. Si tant est qu'il puisse être nommé de la sorte. Tout le monde sait, par expérience,  qu'il faut «du temps» pour réfléchir. Au moins dix ans dans ce cas précis si l'on en croit les archives.

 

Les anciennes usines Beduwé.

Les usines Beduwé ont été construites en 1829 par F.Requilé.

Leur siège était situé à Liège dans la rue Paradis, non loin de la gare des Guillemins.
Cette entreprise était renommée dans les grandes villes belges mais également à l'étranger. Ces usines ont fourni du matériel à différents ministères belges et hollandais mais également à de grandes compagnies de chemin de fer belge et étrangères.

La plupart des communes de Belgique se sont fournies en matériel d'incendie auprès de cette société. De nombreuses villes étrangères telles que Moscou, Riga, Dorpat, Strasbourg, Colmar, Port-au-Prince, Mexico et tant d'autres ont fait appel aux usines Beduwé pour s'équiper avec leur matériel.

Leur production était d'environ 400 pompes par an. Les différentes documentations issues de leur catalogue de vente et illustrant ces pages datent de 1908.

Véhicule Renault avec citerne d'une capacité de 2000 litres, équipé d'une pompe de marque Ziegler. Ce véhicule peut transporter 6 sapeurs pompiers en plus du conducteur.

© Jacques Schoumakers 2004

Page suivante