Les ressources naturelles du Rif

D’une manière générale dans les douars, les habitants vivent essentiellement de l’agriculture, de l’élevage et dans une autre mesure, des ressources de la forêt. En principe, chaque habitation possède son propre four à pain. Les produits générés par ces ressources sont principalement destinés à l’autoconsommation locale. Partout dans les endroits traversés, nous avons rencontrés énormément d’animaux et de petits troupeaux menés par des enfants vers les pâturages. Pratiquement sur toutes les pistes parcourues, nous avons croisé de jeunes adolescents couchés dans l’herbe à côté d’une ou deux chèvres ou encore à côté d’un cheval, attachés par une patte afin qu’ils ne prennent pas le large. De temps à autre nous rencontrions des troupeaux de chèvres plus importants menés paître parfois à plusieurs kilomètres, là ou l’herbe était encore un peu verte malgré la sécheresse environnante. Quasiment tous les habitants des douars possèdent quelques caprins et cultivent un lopin de terre. Le bois est une autre source de revenus mais les forêts environnantes sont malheureusement victimes d’une surexploitation frôlant l’outrance. Ce matériau est utilisé principalement pour chauffer les fours à pains ou encore pour réparer des toitures, voire en construire de nouvelles mais curieusement aussi pour l’alimentation du bétail en hiver, friand des jeunes pousses de chênes-lièges lorsque l’herbe s’est raréfiée. Cela étant, cette mauvaise exploitation de la forêt est néfaste à moyen terme pour les populations concernées. Le taux de natalité étant relativement élevé, l’accroissement de la population engendre une demande de ressources naturelles de plus en plus importante, notamment au niveau des apports de la forêt. L’une des principales préoccupations des femmes, et non la moindre, est d’aller ramasser toujours plus loin, le bois pour la cuisson du pain. Souvent, elles doivent se rendre à plusieurs kilomètres de leur habitation et cela, en montagne où il faut gravir les redoutables chemins caillouteux. C’est l’une des nombreuses contraintes auxquelles doivent faire face les femmes de douars.

 


Un four à pain.
 


Allumage du feu pour la cuisson du pain.
 


Troupeau de chèvres.


Une tâche journalière.

Le Kif, l'autre ressource naturelle

Les montagnes du Rif marocain sont réputées pour la culture, la consommation et le trafic du kif, appelé aussi « cannabis » Le Maroc est le premier exportateur mondial de haschich, représentant une manne à la fois illégale et providentielle faisant vivre quasiment tout le nord du pays.
La culture de cette « herbe » est bien évidemment interdite mais ne dit-on pas parfois qu’il est interdit d’interdire !? Et si l’on admet ce principe, les portes sont alors ouvertes vers des dérives hors normes et hors dimensions. L’enclavement des douars est très souvent un bon prétexte avancé par les autorités si elles ne souhaitent pas se déplacer afin d’effectuer des contrôles. Il faut donc comprendre qu’elles ont toutes les peines du monde à se rendre dans de tels endroits pour faire cesser la culture de cette herbe folle. Et de cette façon, les paysans peuvent continuer de dormir paisiblement. Comme je l’ai déjà signalé, personne ne s’aventure dans ces endroits. Les divers habitants avec qui j’ai parlé de cette culture ne se cachent pas pour me fournir les explications nécessaires afin de bien exploiter cette ressource génératrice de revenus non négligeables. Sans vouloir acquiescer à certains de leurs dires, il faut pourtant bien reconnaître un fait : la culture du cannabis permet à certains paysans des douars de ne pas vivre dans l’indigence. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Chacun est seul juge de ses propres faits et gestes. Questions que l’on se pose, derrière ce grand rideau noir, il y a des tas de choses qu’il vaut mieux ne pas voir. Et chacun y trouve son compte. C’est kif-kif !

 


Plant de cannabis.


A chacun sa spécialité !

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