LES ENFANTS MORT-NÉS

Jadis dans nos contrées, on exposait les enfants mort-nés afin qu’ils ressuscitent !

    La limite entre le paradis et l’enfer n’a pas toujours été très clairement établie et ce, particulièrement dans le cas des enfants mort-nés.

    « Pour les parents, rien n’était plus humiliant, constate l’historien Jacques Gélis : cette naissance malheureuse, ils la ressentaient comme une malédiction. Et ce petit mort leur faisait peur. »

    A tel point qu’au Moyen-Âge certains allèrent jusqu’à empaler les mort-nés, croyant ainsi les empêcher de revenir perturber les vivants. Dans certaines régions, on craignait aussi comme la peste la récupération du cœur des petiots par des suppôts de satan désireux de préparer des philtres magiques ou par des sorcières voulant le faire entrer dans la composition de l’onguent dont elles enduisaient leurs balais.

    Sans aller jusqu’à prôner de tels traitements, saint Augustin (IV-Vè siècle) avait estimé que l’âme d’un enfant mort sans baptême était condamnée à errer éternellement. On pensait, chez nous, que cette âme se manifestait sous la forme d’un feu follet. Celui là même que paraissent évoquer les betteraves évidées et illuminées à l’époque de la Toussaint.

    Face à cette perspective, l’église prêcha le baptême rapide. Souvent, un laïque, fréquemment la sage-femme, ondoyait l’enfant, prononçant des formules rituelles, dès qu’il apparaissait, en attendant que le prêtre vienne conférer dare-dare le sacrement du baptême en bonne et due forme. L’ondoiement était réglementé et il n’était donc pas question de le pratiquer dans l’utérus. En cas de problème, l’eau baptismale devait impérativement couler sur l’enfant.

    Cependant, certaines sages-femmes n’hésitaient pas à plonger la main humectée de liquide sacré dans le corps de la mère ou à y injecter de l’eau bénite avec des seringues. Si on n’avait pu procéder à l’ondoiement, l’enfant mort-né était condamné à être enterré dans un champs ou un jardin ou bien alors dans un coin non béni du cimetière.

    En Belgique, une curieuse coutume vit le jour, probablement à Bruges, où elle est attestée vers 1407. Le répit consistait à venir déposer le petit corps non baptisé devant un autel, afin d’obtenir de la Vierge qu’elle lui rende un souffle de vie, le temps de donner le baptême. Cette exposition pouvait parfois durer des semaines, durant lesquelles l’on se relayait pour prier dans l’espoir de voir un geste, un écoulement ou un borborygme. Il n’en fallait pas plus afin d’en déduire que l’enfant était vivant, ce qui permettait de le baptiser aussitôt. Du coup, on pouvait l’enterrer chrétiennement.

    En France, il fut dénombré environ 260 sanctuaires à répit pour une cinquantaine environ chez nous en Belgique. Les archives du Hainaut en font mention à Mouscron, Chièvres, Deux-Acren, au XVIè siècle et à Havré, Oeudeghien, Bonsecours et Tongre-Notre-Dame, au XVIIè siècle.

    En province de Liège, la vague de répit fut plus tardive. On remarqua des répits à Verviers, notamment en l’église des récollets où au moins 396 enfants mort-nés, entre 1710 et 1724, furent exposés devant la Vierge Noire avant d’avoir pu recevoir le sacrement du baptême. A Malmédy, 48 corps d’enfants furent exposés devant Notre Dame des Malades entre 1743 et 1780. A Liège, on relève trois cas devant Notre Dame de Saint-Séverin, entre 1631 et 1634.

    Sans autres précisions, des répits furent également recensés dans les localités de Moha, Bellaire, Ramet, Retinne, Aywaille ou encore Neuville en Condroz.

    Il est important de savoir que les répits étaient « dénoncés » depuis belle lurette par la hiérarchie religieuse.

    Les répits virent progressivement leur disparition à la fin du XVIIIè siècle. Les dernières localités où des cas furent encore recensés sont Oizy, Rochefort, Stenay, Cowan et Malmédy.

Cet article d’Yves BASTIN est reproduit avec l’aimable autorisation de la rédaction du journal « LA MEUSE »

  Particularités relatives aux enfants mort-nés dans notre commune d’Aywaille entre 1798 et 1900

    Le premier enfant mort-né est recensé en 1802. L’enfant mort-né suivant est seulement acté en 1833, soit 31 années plus tard ! Au vu de l’article précédent, on peut aisément penser que tous les enfants mort-nés n’étaient pas déclarés à l’état civil.

Durant cette période étudiée, 369 enfants mort-nés auront été actés, représentant 222 filles pour 147 enfants de sexe masculin.

 

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