LES CALENDRIERS ET LEURS PARTICULARITÉS
Volontairement, cette page n'a pas de vocation historique car si tel était le cas, je me détournerais alors de mon but principal se limitant essentiellement à faire découvrir au néophyte la concordance entre notre actuel calendrier grégorien et le calendrier républicain. Un petit rappel historique est cependant nécessaire.
Les troupes françaises ayant vaincu les troupes autrichiennes à Jemappes en 1792, l'annexion de la Belgique à la France devint effective le 1 novembre 1795 par le " décret d'annexion" qui fit de notre peuple des citoyens français.
Les lois et institutions françaises devinrent donc d'application dans notre pays. De là découlèrent des mesures particulièrement mal accueillies par notre peuple telles que l'enrôlement, contre leur gré, de nombreux belges dans les armées de l'Empereur.
Durant cette occupation française, la liberté politique devint inexistante et le régime instauré par les français était grandement impopulaire.
Le coup d’État de Napoléon Bonaparte, par sa prise du pouvoir en date du 9 novembre 1799, eut pour conséquence l’instauration en France ainsi que dans notre pays d’un pouvoir centralisé, aussi appelé " pouvoir fort ", avec nomination d’un maire par commune, d'un sous-préfet par arrondissement et d'un préfet par département.
C’est ainsi que la localité d’Aywaille devint une mairie faisant partie de l'arrondissement de Liège et du département de l'Ourte.
Afin de marquer les profonds changements amenés par cette Révolution, la France révolutionnaire abandonna le calendrier grégorien et instaura le calendrier républicain. Ce calendrier très particulier faisait partie des grandes réformes entreprises par la Convention Nationale qui avait pour objectif, entre autres, la déchristianisation du peuple.
Les dimanches, les saints et les fêtes chrétiennes furent abolis au nom de la Raison, de la Science, de la Nature, de la Poésie, de l'Idéologie et de l'Utopie.
Cette Convention avait également pour but de réformer la société dans ses références au temps et à l'espace.
Des personnages célèbres tels que le poète Fabre d'Églantine et quelques astronomes ébauchèrent ce calendrier mais c'est le mathématicien Charles Gilbert ROMME qui en fut le principal façonnier.
De nombreuses pages pourraient ainsi être écrites à ce sujet et de nombreux débats polémiques pourraient voir le jour. Les lecteurs de la présente page ont bien entendu le loisir de consulter l'abondante littérature traitant de la révolution française et de ses conséquences.
Concrètement, le calendrier républicain aussi appelé calendrier révolutionnaire fut établi le 24 octobre 1793 par un décret de la Convention nationale.
Selon différentes littératures traitant du sujet, l'on peut également relever les dates du 5 octobre 1793 ou encore du 4 novembre 1793 mais la première ici mentionnée est celle que l'on rencontre le plus fréquemment.
Les différentes dates mentionnées ci avant sont les dates d'institution du calendrier et non pas celles de sa mise en application.
C'est ainsi que l'An II de la République française débuta le 22 septembre 1793 et si l'on veut tenir compte de l'An I, le calendrier débuta le 22 septembre 1792.
L'An I, correspondant à 1792, était terminé lorsque le calendrier fut mis en vigueur.
L'année était divisée en douze mois de trente jours.
L'appellation des mois était fondamentalement différente de celle que nous connaissons actuellement. Les terminaisons des noms de mois rimaient par trois selon les saisons auxquelles ils se rapportaient. De plus, l'appellation de chaque mois avait une signification bien particulière.
TABLEAU D'APPELLATION DES MOIS RÉPUBLICAINS
AUTOMNE Vendémiaire Mois des Vendanges Brumaire Mois des Brumes Frimaire Mois des Frimas HIVER Nivôse Mois des Neiges Pluviôse Mois des Pluies Ventôse Mois des Vents PRINTEMPS Germinal Mois des Germinations Floréal Mois des Fleurs Prairial Mois des Prés ÉTÉ Messidor Mois des Moissons Thermidor Mois des Chaleurs Fructidor Mois des Fruits LES JOURS COMPLÉMENTAIRES
A la fin de chaque année il était ajouté cinq jours complémentaires, appelés "jours sans-culottides", caractérisés comme suit :
- 1er
- Jour complémentaire
- Fête de la Vertu
- 2ème
- Jour complémentaire
- Fête du Génie
- 3ème
- Jour complémentaire
- Fête du Travail
- 4ème
- Jour complémentaire
- Fête de l'Opinion
- 5ème
- Jour complémentaire
- Fête des Récompenses
Tous les quatre ans (année bissextile) ou Franciade, était ajouté un 6ème jour complémentaire appelé "Jour de la Révolution".
Chaque mois était divisé en périodes de 10 jours, ou décades, dont les noms avaient l'appellation suivante :
1 Primidi 2 Duodi 3 Tridi 4 Quartidi 5 Quintidi
6 Sextidi 7 Septidi 8 Octidi 9 Nonidi 10 Décadi
Chacun des jours que comportait le calendrier républicain avait une signification particulière, remplaçant ainsi les noms des saints du calendrier grégorien.
LES NOMS DES JOURS : QUELQUES EXEMPLES
- Vendémiaire
- Brumaire
- Frimaire
- Nivôse
- Pluviôse
- 10
- Cuve
- Charrue
- Pioche
- Fléau
- Cognée
- 15
- Âne
- Dindon
- Chevreuil
- Lapin
- Vache
- 20
- Pressoir
- Herse
- Hoyau
- Van
- Serpette
- 25
- Bœuf
- Faisan
- Grillon
- Chat
- Lièvre
LES ANNÉES RÉPUBLICAINES
Du 22 septembre 1792 au 21 septembre 1793
- an I
- 1793 - 1794
- an II
- 1794 - 1795
- an III
- 1795 - 1796
- an IV
- 1796 - 1797
- an V
- 1797 - 1798
- an VI
- 1798 - 1799
- an VII
- 1799 - 1800
- an VIII
- 1800 - 1801
- an IX
- 1801 - 1802
- an X
- 1802 - 1803
- an XI
- 1803 - 1804
- an XII
- 1804 - 1805
- an XIII
- 1805 - Jusqu'au 10 nivôse (31-12-1805)
- an XIV
C'est ainsi que l'on rencontre, dans les actes d'état civil, des dates libellées comme suit :
- Du quinzième jour du mois de pluviôse, l'an neuvième de la république française.
- Ce qui correspond au mercredi 4 février 1801
Ce système de datation du temps fut aboli par Napoléon, qui restaura le calendrier grégorien le 1 janvier 1806.Il existe des tableaux de concordance entre le calendrier républicain et le calendrier grégorien permettant au généalogiste de convertir les dates qui le concerne. Tout bon logiciel de généalogie comporte une fonction de conversion automatique de ces dates.
AUTRES PARTICULARITÉS DES CALENDRIERS(Extrait du "Bulletin de liaison du cercle Généalogique Norvillois, n°4, septembre 1999, 91290 LA NORVILLE (France))
Nous avons tous rencontré dans des dates d'actes anciens ces mentions qui nous ont posé quelques problèmes: 7bre, 8bre, 9bre et Xbre que nous avons été tenté de traduire par juillet, août, septembre et octobre. En fait il s'agit des mois de septembre, octobre, novembre et décembre.
Comment en est-on arrivé à ce décalage ?
L'année romaine primitive avait dix mois et commençait en mars. Le nom des mois était dans l'ordre suivant: Martius (dédié au dieu de la guerre Mars), Aprîlis, Maius (dédié à Maïus ou Maïa, divinités pré romaines, Junius (dédié à Junon, épouse de Jupiter), Quintilis (le cinquième mois), Sextilis (le sixième), September (le septième - septem ab imbre = le septième après les neiges), October (le huitième), November (le neuvième) et enfin December (le dixième)
L'année romaine de douze mois lui a succédé. Elle commençait également en mars mais deux mois ont été ajoutés: le onzième mois Januarius (dédié au dieu Janus) et Februarus (de februare = purifier) ; ce dernier fut d'abord placé après décembre puis finalement inséré entre janvier et Mars.
A partir de 45 avant J.-C., sous Jules César, le calendrier julien a été mis en place avec l'invention de l'année bissextile et une année de 365 jours qui débutait en janvier, origine de l'anomalie que nous avons constatée dans la numérotation des mois.
Par la suite, Quintilis a été changé en Julius (en hommage à Jules César), puis Sextilis en Augustus (pour l'empereur Auguste), nos mois de juillet et août actuels.En 1582, sur l’initiative du pape Grégoire XIII, le calendrier julien a été remplacé par le calendrier grégorien qui introduisait un décalage d'une dizaine de jours, pour rattraper le retard accumulé depuis 15 siècles. L'adoption de ce nouveau calendrier s'est faite progressivement.
En France, suivant l'ordonnance royale de novembre 1582, le lendemain du dimanche 9 décembre fut le lundi 20 décembre. Si cette adoption a été relativement rapide en Europe occidentale, 1582 pour l'Italie, l'Espagne, le Portugal et les Pays-Bas catholiques; 1584 pour l'Allemagne et la Suisse catholiques, il a fallu attendre 1586 pour la Pologne, 1587 pour la Hongrie, 1610 pour la Prusse, 1700 pour l'Allemagne et les Pays-Bas protestants, le Danemark et la Norvège, 1752 pour la Grande-Bretagne et la Suède, 1753 pour la Suisse protestante, 1873 pour le Japon, 1911 pour la Chine, 1917 pour la Bulgarie, 1919 pour la Roumanie et la Yougoslavie, 1923 pour l'U.R.S.S. (la Révolution d'octobre 1917 est commémorée en novembre) et la Grèce, 1926 pour la Turquie.Notre calendrier actuel présente un certain nombre de défauts dus à la longueur variable des mois et à la mobilité de certaines fêtes chômées. Différents projets sont nés mais aucun n'a pu recueillir le consensus nécessaire à sa mise en oeuvre. Citons seulement, pour mémoire, le Calendrier républicain appliqué en France entre le 22 septembre 1792, date de l'équinoxe, et le 1er janvier 1806 et que nous, généalogistes, connaissons bien.
Puisque nous avons évoqué l'origine des noms des mois, terminons par celle des jours: Lundi = Lunae dies ou jour de la Lune, Mardi = Martis dies ou jour de Mars, Mercredi = Mercurii dies ou jour de Mercure, Jeudi = Jovis dies ou jour de Jupiter, Vendredi = Veneris dies ou jour de Vénus, Samedi = Sabbati dies ou jour du sabbat (certains disent jour de Saturne) et Dimanche = Dies Domenica ou jour du Seigneur (En Angleterre on parle plutôt de jour du Soleil avec Sunday)Note pour les habitants de la commune d'Aywaille
Le premier acte d'état civil enregistré à Aywaille en date du 1er janvier 1806, date représentant la restauration du calendrier grégorien, prend en compte la naissance de Gilles SOLIVEAU, fils du maire de l'époque, à savoir Nicolas SOLIVEAU. Est-ce là un hasard exceptionnel lorsque l'on sait qu'à l'époque, il n'était pas rare de déclarer la naissance d'un enfant plusieurs jours après sa naissance ? Il ne s'agit ici que d'une simple anecdote bien entendu!