Gare et quartier des Guillemins à Liège : leurs origines

Ce qu'il faut savoir.

En qualité d'ancien cheminot, j'ai amassé au fil du temps une documentation bien achalandée relative à tout ce qui touche le monde du rail. Un jour, il me vint à l'esprit de relater l'historique de la gare qui fut démolie en 2007.

Je souhaitais également faire découvrir le quartier des Guillemins de même que l'infrastructure de la nouvelle gare bâtie dans le contexte d'une nouvelle politique du transport par rail. J'ai très tôt compris qu'il y avait là suffisamment de matière pour écrire un livre. Il s'agissait là d'un concept dans lequel je ne voulais pas m'investir pour diverses raisons dont la principale pourrait être le manque de temps.

L'Internet offre énormément de possibilités de diffusion de sujets variés mais il faut impérativement tenir compte du fait que la plupart des internautes passent, en moyenne, très peu de temps à consulter une même page ou un même sujet. L'Internet, c'est avant tout faire découvrir un maximum de choses dans un minimum de temps. Est-ce un bien, est-ce un mal ? A chacun d'en juger.

Origines de la place des Guillemins.

En remontant les siècles écoulés, nous découvrons qu’il existait au 13ème siècle un manoir entouré d’eau situé au centre d’un territoire constitué de prairies, de champs cultivés et de forêts. Ce manoir était la propriété du Grand Chantre de Saint Lambert, Gérard de Bierset. Il était érigé sur le site de l’actuelle place des Guillemins.

En 1287, Gérard de Bierset avait fait construire en ces lieux un asile afin d’y héberger des prêtres âgés. Ce manoir, aussi appelé maison de la Motte, abritait neuf moines de l'ordre de saint Guillaume, les Guillelmites ou Guillemins, d'où l'appellation actuelle de la gare et de la place sur laquelle elle est érigée.

Lors de la révolution française, le couvent et ses terres attenantes furent honteusement mis à sac. Quelques décennies plus tard, l’arrivée du chemin de fer en Belgique allait bouleverser les modes de transports existants et réclamer des infrastructures particulières. Il faut savoir qu’en 1835, le 5 mai, la première ligne ferroviaire d’Europe vit le jour en Belgique, en l'occurrence la ligne reliant Bruxelles à Malines, qui allait bénéficier d'une extension vers Liège dans les mois qui suivirent.


La liaison Ans – Liège et le Plan Incliné.

Depuis 1838, les trains venant de Bruxelles arrivaient déjà jusqu’à Ans. Pourquoi Ans et pas Liège ? Tout simplement parce qu’il fallait venir à bout d’une très forte déclivité reliant les deux localités. Les ingénieurs ferroviaires étaient confrontés à la fameuse problématique qui prit le nom de «  Plan Incliné »

Cependant, la ville de Liège n’était pas en reste pour la cause. Les voyageurs désireux de prendre le train à Ans avaient l’opportunité d’emprunter un « omnibus » tracté par des chevaux afin de relier les deux points d’arrêt. Les archives révèlent les péripéties vécues par les voyageurs utilisant ce type de transport assuré par des entrepreneurs privés. Il n’était pas rare de voir des personnes effectuer le trajet à pied, car souvent plus rapide qu’avec l’omnibus.

Cela étant, le problème du « Plan Incliné » restait de grande actualité. Le projet de faisabilité d’une liaison ferroviaire à cet endroit fut confié à l'ingénieur Henri Maus mais ce projet ne faisait pas l’unanimité parmi les populations locales. Beaucoup d’habitants des environs mais également les autorités liégeoises n’appréciaient pas l’éloignement de la future gare des Guillemins par rapport au centre de la ville.

Malgré ces divergences d'opinions, les travaux furent réalisés par l’entrepreneur Henri Borguet. Le principe de fonctionnement était unique et quelque peu audacieux. Lorsque les trains descendaient le plan incliné pour rejoindre Liège, le problème majeur était de pouvoir faire confiance au système de freinage des convois.

A l’inverse, les trains devant rejoindre le plateau d’Ans au départ de Liège utilisaient le système imaginé par Henri Maus. Un wagon spécial était accroché à l’avant des trains. Ce wagon était muni d’un attelage particulier destiné à recevoir le câble qui allait l’entraîner afin de vaincre la dénivellation. Cette câblerie était mue par un immense treuil fonctionnant à l’aide d’un moteur à vapeur.

La construction d'une gare à Liège devenait donc un impératif et tout fut mis en œuvre, en 1842, afin d'ériger le premier bâtiment construit en bois. Il s'agissait en fait d'une gare très rudimentaire.

L' ascension par câble du plan incliné dura quelques années et lorsque les locomotives devinrent suffisamment puissantes pour tracter les convois,
le système treuil-câble fut démonté en 1879. Pour clore cette description de la montée du plan incliné, nous pouvons préciser le fait que durant de nombreuses années, les trains quittant Liège à destination d’Ans et au-delà étaient aidés au moyen d’une locomotive allège attelée en queue des rames, afin de les pousser  jusqu’à la gare d’Ans.

Bien d’autres péripéties relatives au Plan Incliné pourraient être relatées mais il s’agit là d’une autre histoire dont les concepts dépasseraient mes objectifs limités à décrire la nouvelle infrastructure des Guillemins.

 

Vues de la gare qui succéda à la gare en bois.

Une nouvelle gare vit le jour en 1863. Sa structure massive et la grande verrière en faisaient sa fierté. Dans les années qui suivirent, en 1881 et en 1882, l'édifice reçut d'importantes améliorations. La gare se métamorphosa davantage jusqu’en 1905, année au cours de laquelle elle trouva toute sa splendeur afin de faire honneur à l’Exposition Universelle de Liège.


Quelques décennies plus tard une nouvelle gare beaucoup plus moderne certes, mais sans caractère bien particulier, vit le jour en 1958. Si par la suite tant la gare que la place et le quartier des Guillemins furent les témoins de profonds changements, il n’en demeure pas moins que ces bâtiments ferroviaires subsistent encore en 2005 mais pour peu de temps encore. Les perspectives de développements futurs des chemins de fer nécessitent une infrastructure particulière, d'où la construction de la nouvelle gare et l'aménagement radical des alentours.

On pourrait cependant regretter de voir disparaître à jamais l'appellation "Liège Guillemins" puisqu'il est fortement question de rebaptiser la gare et la place. Certains ont avancé le nom "Gare Charlemagne" et d'autres ont avancé l'appellation "Gare de Liège – Limburg"  Non, on ne rêve pas ! Le mot « Limburg » serait bel et bien écrit selon la langue de Breughel !

Cette gare cessa toutes ses activités le 4 juin 2007 après quasi 50 ans de service. Une gare provisoire avait été aménagée sur le site situé sur la gauche de la nouvelle gare.

© Jacques Schoumakers (2003-2010)



L'ancienne gare , dans les derniers moments de son existence.

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