S'il fallait tirer des conclusions ...

Nous avons pu constater au long des diverses pages, l'ampleur, le gigantisme et peut-être la démesure de la réalisation de la nouvelle gare des Guillemins. Probablement, comme beaucoup le laissent entendre, cette gare sera la plus belle réalisation ferroviaire d'Europe. Actuellement, le quartier des Guillemins paraît déjà quelque peu vieillot à côté de cette infrastructure ultra moderne. Il est donc logique de penser à établir un équilibre durable dans ce quartier de la ville voué, selon certains, à devenir une vitrine de l'Europe.

Cela étant, nous vivons une époque dont l'avenir s'assombrit de façon inquiétante. Le devenir de nos enfants et petits-enfants n'a jamais autant été remis en question. A l'heure des délocalisations d'entreprises, des pertes d'emplois et de l'effondrement des acquis sociaux, n'eut-il pas été plus judicieux de construire une gare moins arrogante ? Le montant des sommes colossales qui auront été investies dans ce projet pharaonique se chiffre approximativement à 430 millions €. L'apothéose sera probablement l'amenée de la Meuse quasi au pied de la gare. (cf. illustration ci-dessous)

Le temps n'est-il pas révolu d'imaginer et de réaliser des concepts aussi grandiloquents ? La Belgique et la ville de Liège en particulier ne veulent-elles pas jouer dans la Cour des Grands en prenant les risques de s'y faire piétiner par le bon sens qui leur fait défaut ? N'oublions pas qu'à quelques centaines de mètres par-delà cette américanisation à outrance, des dizaines de personnes sans abris dorment (?) à même les trottoirs ou encore sous les ponts et de cela, quasi personne, si ce n'est des bénévoles, ne s'en inquiète.

A une époque où toutes les utopies deviennent réalisables, où l'être humain devient une marchandise et où le pauvre n'a plus de place, on peut se demander à qui profitera cette gare. Certes elle sera réservée aux hommes d'affaires, aux politicards pompeux ainsi qu'à une caste d'individus qui risquent d'être les victimes de leur propre endogamie. Cela ne traduit-il pas une image imparfaite de ce que devrait être notre société ? N'eut-il pas été plus raisonnable d'investir afin de restaurer des points d'arrêts qui pourraient permettre de diminuer l'engorgement sans cesse grandissant de nos routes et de nos villes. Ce n'est en tous cas pas de cette manière que l'on réconciliera la société avec les transports en commun.

Les travailleurs, les étudiants, les navetteurs et autres voyageurs d'un jour pourront-ils encore se permettre de payer des titres de transport dont les prix risquent de prendre une envolée vertigineuse destinée à tenter de rentabiliser ces investissements inconsidérés ? Le train sera-t-il encore un service public ? Rien n'est moins sûr.

On pourrait également tenter de chiffrer le coût de l'entretien et de la maintenance de cette gare ...

Ces propos n'engagent que moi mais je les sais partagés par tant d'autres.

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© Jacques Schoumakers (2000-2009)