En ces temps-là le maréchal FABERT, alors
gouverneur de la ville de Sedan, était de passage dans nos
contrées avec son armée composée d’environ dix mille hommes.
La raison du transit de nos régions par FABERT serait qu’il fut
envoyé par le Roy Louis XIV, alors âgé de 16 ans, afin de mener
deux expéditions punitives. L’une visant à brûler et saccager la
ville de Herve et l’autre pour rosser les troupes du prince
Charles, duc de Loraine, en campagne dans le Pays de Liège.
Nous ne développerons pas ces deux faits historiques. Cela dit,
Aywaille et ses environs se trouvaient sur le parcours des
assaillants. Les archives nous apprennent que les troupes de
FABERT « ne tenaient pas trop bon ordre » apeurant ainsi
les paroissiens de Dieupart et d'alentour.
Une bonne partie d’entre eux « s’étoient réfugiez dans
l’église de Dieupart forte de son assiette, et toute l’armée
avoit passé à l’encontre de la ditte église sans luy avoir fait
le moindre insult.»
Comme dans tout corps d’armée, « il y a toujours des brigans
qui demeurent tout exprès les derniers à suivre pour faire
butin.»
La
grosse majorité des troupes se dirigeant vers Herve,
quelques-uns s’étaient arrangés pour trainailler dans le coin.
Ils visitèrent à leur manière la maison pastorale et deux autres
maisons voisines mais sans y trouver ce qu’ils espéraient. Il ne
restait donc plus qu'à fouiller l’église dont ils forcèrent la
porte pour « la piller et la butiner.» Quant aux habitants
réfugiés dans l'édifice, « L’un iceux voyant quantité d’hommes
aux fenestres de la tour, tira son musquet après eux.»
Lambert Socquette, alors sergent d’Aywaille en eu le bord du
chapeau troué, frôlant La Faucheuse de près ! Il incita ses
compagnons réfugiés dans la tour à se défendre contre cette
poignée d'irrespectueux. Il voulait « redresser celui qui l’avoit
manqué » D’un tir de mousquet mal ajusté il tua le cheval au
lieu de tuer son mécréant de cavalier.
Ce dernier, « outré à l’excès de voir son cheval tué sous luy
» couru à bride abattue afin de rejoindre le gros de la troupe
qu’il retrouva sur le chemin descendant vers Fraipont. Il narra,
à sa façon, les faits qui venaient de se produire devant
l’église, affirmant à son Maréchal que
«
les paroissiens de l'église de Dieupart, réfugiés en jcelle
avoient eu la méchanceté de tirer sur luy et de luy tuer son
cheval »
Le
susdit Maréchal « qui ne scavoit pas mieux croiant les choses
au pied de la lettre, luy accorda une troupe de cinquante
chevaux» afin d'aller quereller les réfugiés se trouvant
dans l'église. Ces cavaliers de l'apocalypse vinrent défoncer le
portail de l'église, sans s'en faire prier, et, à l'aide d'un
amas de fagots « trouvés à la maison du chapelain située sur
le cemitière » boutèrent le feu dans le chœur de l'église.
Ce sinistre embrasa et réduit en cendres le « beau temple
dans lequel il y avoit sept autels existants, ce qui arriva au
jour St Grégoire, le 12è de mars de l'an 1654 »
D'après les archives, cinquante voire soixante paroissiens
étaient réfugiés à l'intérieur de la tour de l'église. Ils
tentèrent une fuite en dévalant les escaliers mais dix-sept
d'entre eux périrent sur place. Les rescapés « descendèrent
par les hautes fenestres avec les cordes des cloches dans leurs
mains eurent la vie sauve » Cinq se tuèrent en sautant.
Ledit sergent d’Aywaille, Lambert Socquette s'en trouva parmi
les survivants.
L'on dit aussi qu'une femme « se jeta embas de la plus haute
fenetre de la tour laquelle a quatre vingt pieds de hauteur,
implorant le secours de la Ste Vierge, tomba sans se casser ny
bras ny jambe et de laquelle le maris et deux enfants furent
consommez par le feu. Cette femme s'est encore remariée par
après et produit deux enfants au monde »
Le
Recteur des Jésuites rejeta la responsabilité de ces faits sur
les habitants. Il les culpabilisa de s'être cachés sans raison
au lieu d'essayer de sauver leur église en offrant quelques
cadeaux ou contributions aux troupes de FABERT.
Bien sûr, au vu des épouvantables dégâts occasionnés par ce
siège, chacun tenta de se disculper des responsabilités. Il
fallait quasi tout reconstruire. Les archives ne mentionnent pas
la durée des travaux mais elles nous apprennent que les offices
continuèrent, même dans les ruines.
Notons que la fureur rageuse des troupes ne s'apaisa pas là. Les
soudards galopèrent vers Aywaille afin d'y bouter aussi le feu.
De nombreuses habitations furent détruites par les incendies et
beaucoup de personnes périrent. Assoiffés de violences, les
français prirent alors la direction de Remouchamps pour y mener
grand bruit et semer la même terreur qu'à Aywaille.
Ces
lignes sont l'essentiel de ce qu'il faut rapporter de ces faits
malheureux. Elles ne sont pas exhaustives.
Notes : la maison pastorale de l'époque était située à
l'endroit de ce qui devint plus tard le café Hougardy, jouxtant
l'église; quant au presbytère, il était jadis situé en plein
centre de la route actuelle qui, bien évidemment, était
inexistante.
©
Jacques Schoumakers 12/2010.