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Les hameaux de Kin et de
Stoqueux.
D'une manière générale, il existe peu
d'archives vraiment significatives relatives aux petits villages
de Kin et Stoqueux. Cependant, le peu qu'il en existe est
suffisamment révélateur pour permettre à nos générations de se
forger une idée sur la manière dont vivaient nos ancêtres dans
ces hameaux. Ces archives permettent de localiser certains faits
à des dates bien précises, retraçant ainsi les origines connues
de ces deux villages jusqu'à nos jours. J'aurais pu inclure l'histoire de Dieupart au
présent travail car cette localité est intimement mêlée à ses
deux consœurs. Les deux localités sont reliées par "li pazèt
d'messe) (sentier de messe) jadis très fréquenté par les
"Kentîs" souhaitant entendre la messe ou bien encore aller se
faire pardonner leurs omissions. Dieupart, ses environs et sa basilique
justifieraient à eux seul quelques pages d'histoire qui seront
probablement développées dans les temps à venir. La consultation des archives de l'état à Liège
(AEL) nous permet de découvrir l'origine vraisemblable du village de
Kin. Les archives ne relatent pas tous les faits survenus dans ces
localités comme dans tant d'autres d'ailleurs. Des personnes ont
vécu à ces endroits bien avant que les archives ne relatent les
diverses activités et particularités qui vont être développées ici.
Quel était leur nombre, quelles étaient leurs particularités ? Il
faudrait investiguer dans d'autres recherches pour tenter de
découvrir davantage sur ces populations mais il s'agit là d'un tout
autre concept. Le mot
«Kin» pourrait très bien tirer ses origines chez les Celtes.
Cette appellation
viendrait du mot " Keen " (sommet) ou " Caunos " (montagne)
Le village aurait été fondé par des potiers ayant probablement
découvert des
bans d'argile convenant à l'exercice de leur profession. Des puits
de minerai de fer (ou minières) y furent exploités
jusqu'au milieu du XIXe siècle, ils alimentaient, entre autres,
les usines de Dieupart. Certaines
traces en ont été relevées en 1325. Ces
faits nous permettent de situer Kin dans un passé relativement
lointain sur l'échelle du temps. A cette époque. L'ancienne
seigneurie d'Aywaille était composée de quatre francs-fiefs dont
celui de Keen. Le franc-fief de Kin était libre
des dettes afférentes au bétail et aux cultures. Le roturier qui
en avait la jouissance n'avait donc pas de redevances à payer à
son seigneur. Les archives nous permettent de savoir que le
franc-fief de Kin avait été accensé, le 15 mars 1337, par
le prieur Dom Guyllaume de Chaly au seigneur de Montjardin,
Gerlac de Mondersdorp.
Vue
des fontaines de Kin, vers 1900.
Vue
de la localité de Stoqueux, vers 1900. Il n'entre pas dans le cadre de ce travail de relater ou de
transcrire tout ce que les archives nous révèlent. Mis à part
certains historiens, peu de gens s'intéressent
à des relations de faits rebutantes et fastidieuses comme la
transcription de documents d'archives écrits au moyen de mots
que beaucoup ne comprennent pas.
Volontairement, je n'ai pas souhaité développer une théorie
complexe relative à l'étude des différents composants des sols
rencontrés dans ces deux hameaux. Ceci, pour les mêmes raisons
que précédemment. Il eut fallu pour cela utiliser également des
termes tout aussi rébarbatifs. L'absence
d'archives nous laisse dans un flou historique jusqu'en 1645,
année au cours de laquelle de nouveaux gisements de minerai de
fer sont découverts à Kin. Ils seront exploités par Barthélemy
GOHERLIER, maître des forges. Différentes pages de ce site nous
rappellent l'importance de l'industrie du fer dans nos régions.
Cela nous amènera à parler des différents puits à
minerai de fer ayant existé sur les territoires de Kin-Stoqueux.
Ils étaient principalement localisés dans les prairies situées
en face du chantoir de Kin ainsi que dans les bois de Feronheid.
Les anciens habitants de Kin se souviennent encore de
l'appellation "Trîhe à minires" déterminant l'endroit situé dans
une prairie détenue durant plusieurs années plus tard par Jean COCHET,
ancien fermier de la localité. On y accédait par la route
reliant le Ry de Kin au village de Hénumont, en passant au pied
des carrières. L'exploitation des minerais de fer était relativement importante
dans plusieurs régions alentour d'Aywaille. Le village de
Nonceveux, le Pouhon de Harzé, les forges de Quarreux, le
village de Pavillonchamps, à Piromboeuf, et les environs de
Stoumont et de Rahier en sont quelques exemples parmi d'autres.
Les anciennes forges de Dieupart étaient alimentées par bon
nombre de ces puits dont ceux de Kin bien évidemment.
Dans une lettre envoyée le 18 juin 1808 par le maire
d'Aywaille (Ph.Piromboeuf) en réponse à une circulaire lui
envoyée par le préfet du département de l'Ourte, nous pouvons
relever quelques renseignements nous apprenant qu'à Kin, les
extractions de minerai se pratiquaient à des profondeurs plus
importantes qu'ailleurs sur le territoire. La résultante en
était un prix de production nettement plus élevé.
Les prix des
minerais de Kin. L'extraction de mille kilogrammes de minerai de Kin
engendrait un coût de 24 francs, soit 6 à 9 francs
en plus que le coût des extractions d'alentour. L'on
sait également qu'il en coûtait trois francs
soixante centimes pour en assurer le transport.
Sur ces documents
d'archives, on peut aussi découvrir dans un
répertoire d'enregistrement daté du 12 mars 1812,
les faits suivants : Michel MISSION et Jean Joseph
LARBANOIS, de Kin, sont redevables à la commune
pour dix ou onze chars de minerai extrait, de la
somme de 1 franc et 20 centimes par char. Les nommés Toussaint
NEUVILLE, Nicolas LARBANOIS, Michel EHLEN et
Mathieu LARBANOIS sont également redevables
envers la commune de la même somme par char de
minerai qu'ils ont extrait. Jadis, les us et coutumes pratiqués dans
nos villages étaient fondamentalement différents de notre
mode de vie actuel et principalement tout ce qui concerne
la gestion des terres et du bétail. Les archives nous apprennent la
nomination le 12 avril 1861 d'un pâtre communal, en
l'occurrence Nicolas MONSEUR. Ce dernier, parfois aussi
appelé "bouvier", faisait paître 43 vaches et 6 bœufs
appartenant à 25 habitants de Kin et Stoqueux. Il faut savoir
qu'à l'époque, les pacages étaient réglementés par des lois
communales et les pâtres avaient la responsabilité de leur
gestion. Chaque fermier confiant son bétail au bouvier
devait lui fournir une décharge visant à le dégager de toute
responsabilité. Il devait aussi y apposer sa signature qui,
généralement, était représentée par une croix puisque la
majorité de la population ne savait ni lire ni écrire.
Vers 1914, le dernier attelage à
bœufs photographié devant la maison où demeuraient mes
arrières grands-parents maternels (Simon DUBART et Marie
Hortense COLLARD) Les alentours des villages de Kin et de
Stoqueux étaient également connus pour l'exploitation de leurs forêts et
la fabrication du charbon de bois. Les fosses à charbon,
appelées «fauldes» étaient principalement situées dans les bois
de Fèvesart et au Grand Bois. D'autres se trouvaient dans les
bois situés au-dessus de la carrière de Grand Heid. Généralement
on établissait la charbonnière sur le lieu même de l'abattage.
Durant des siècles au long, le charbon de bois était la seule
source de combustible pour fondre le minerai. Ce charbon de bois
était aussi utilisé pour alimenter les foyers des fours à chaux,
autre source génératrice de main d'œuvre pour les habitants des
villages de Kin et Stoqueux. A Kin plus qu'à
Stoqueux, des bancs de roche calcaire sont localisés à divers
endroits. Les habitants de Kin et alentour en ont tiré profit
durant de nombreuses années à des fins bien différentes : Exploitation de carrières. Constructions des habitations en moellons
de grès et de calcaire. Alimentation des fours à chaux Sur la route reliant le hameau de Kin au
village d'Aywaille on peut encore apercevoir l'ancien four à
chaux qui malheureusement part à l'abandon.
Joseph BONIVERS de Kin entreprit de le mettre
à nouveau en fonction vers 1870. La chaux produite
par ce four et d'autres comme ceux jadis situés à Dieupart était
principalement utilisée pour la fertilisation des terres agricoles. L'on parlait alors de chaux
magnésienne. Cette
opération portait le nom de «chaulage» Malheureusement, la famille BONIVERS essuya
une faillite aux environs de l'année 1893. A nouveau abandonné à
son sort, le four aurait été remis en fonction vers 1911
par un certain Jules DELREE mais aucun fait n'atteste la manière
dont il tournait. L'on sait qu'en 1925, il était
probablement encore en état de fonctionner puisque le dénommé
Célestin LATOUR sollicite auprès de la commune, une autorisation
d'exploitation.
La route reliant
Aywaille à Kin et l'ancien four à chaux, vers 1890. Aywaille, pays de carrières, mais Kin n'était
pas en reste car les petites carrières situées "au ry de
Kin" furent exploitées durant plusieurs années. Si la carrière
située au lieu-dit "rond chêne" n'a pas été exploitée très
longtemps, l'autre située sur la rive droite du ruisseau a vu
défiler quelques bons épinceurs pendant plus de septante ans.
Les moellons en grès de Kin avaient une très bonne réputation.
Les carrières de Kin, comme tant d'autres alentour, ont livré
beaucoup de pierres brutes ou taillées, pour la construction de
la ligne du chemin de fer de l'Amblève. Plus près de nous, Henri GILMAN, ancien habitant de Kin, a exploité durant quelques
années les bans de grès rouge situés non loin du "Trîhe à
minires" Ce fut lui le dernier exploitant des
carrières de Kin. Le ruisseau de Kin, appelé par tous "ry
d'Kin" était bien connu pour les truites appétissantes pouvant y
être pêchées (ou prélevées) Plusieurs individus s'y sont fait
piéger dont un certain bien connu pour ses pratiques peu
élégantes : "pipi le lion" déversait de la chaux vive à certains
endroits du ruisseau afin de rendre aveugles les truites qui
n'avaient plus d'autre alternative que de se laisser "prendre à
la main"
Accourant des bois situés entre Havelange et
Stoqueux, le ruisseau parcourt environ deux kilomètres et
quelques pour se jeter dans l'Amblève à Dieupart. Il s'engouffre dans le chantoir de Kin avant de terminer sa
course. A titre d'expérience visant à confirmer certaines
suppositions, on colora l'eau du ry à son entrée dans le
chantoir. Il fallut attendre environ 98 heures avant de voir
cette eau ressurgir environ 1 Km plus loin, à Dieupart. Seule la
présence d'un ou de plusieurs lacs souterrains pourrait
justifier la lenteur du parcours de cette courte distance. Le chantoir de
Kin. Encore
appelé "chantoire" il s'agit du point de
disparition d'un cours d'eau en région calcaire, parfois pénétrable par le spéléologue sur une
certaine profondeur. Synonyme de perte, bétoire,
douve, aiguigeois, agolina, etc... Avant sa
résurgence à Dieupart, le ry de Kin s'engouffre dans
une excavation naturelle située dans des
prairies, non loin du terrain où l'on extrayait
jadis le minerai de fer. Autrefois, l'endroit
était accessible par tous, en dépit des règles
élémentaires de sécurité. L'on se souciait peu
qu'il soit profond ou pas. Certes, quelques
aventuriers avaient bien tenté de l'explorer
mais sans résultat probant. En mars 1976, des
membres du spéléo-club d'Aywaille firent
aménager les alentours dans le but de lancer une
exploration dudit chantoir. Les journaux de
l'époque l'ont amplement relaté : le 15 mars
1976 Marcel MARÉCHAL, personnage emblématique à
Aywaille, et André MODAVE s'engagent dans
l'exploration du site afin de tenter d'en
découvrir les tournures. Excellente initiative
qui fut récompensée par la découverte d'une
salle souterraine avoisinant les mille mètres
cube. Elle reçut le nom de "Salle TROISFONTAINE"
(en
l’honneur, à l'époque, du Président du Spéléo Club)
Photo reproduite
avec l'aimable autorisation de J.C. LONDON Quatre mois plus tard, le 10
juillet 1976, un groupe de spéléos descendait
dans un puits d'une profondeur de 52 mètres. Ils
découvrirent plus de 600 mètres de galeries
ainsi que de nombreux puits. Le long de son parcours, des habitants du
village avaient aménagé de petits "étangs" dans lesquels
pouvaient s'ébattre les nombreuses truites d'alors. Le ry était
recouvert en partie, au pied de la carrière située sur la rive
droite, afin de ne pas recevoir tous les éclats de pierre
rejetés par les épinceurs. A l'heure actuelle dans certains
endroits où l'eau est quelque peu profonde, l'on peut encore
apercevoir quelques petites truites. Lorsqu'on faisait allusion au lieu-dit "ry de Kin"
on évoquait principalement l'endroit situé au pied du chemin
menant au bois de Fèvesart plutôt que tout autre endroit. C'est
là que se trouvaient les carrières et c'est là également que les fermiers
venaient y mener boire le bétail.
Plus tard, ils venaient y remplir leurs tonneaux afin d'alimenter en eau les
bacs se trouvant dans leurs prairies. Un mur en pierre, sur
lequel était fixée une pompe à main, ralentissait l'écoulement
du ruisseau, créant ainsi un petit étang profond d'environ un
mètre. D'une manière générale, le village de Kin est
plus souvent cité que Stoqueux. J'en ignore la vraie raison.
Peut-être était-ce la proximité d'Aywaille ou bien le fait qu'il
y avait davantage d'activités sur Kin par la présence des
carrières. De nombreuses personnes
se souviennent encore des bacs en pierre et de l'étang situés dans le
"tournant" à Kin. Servant à rincer le linge ou bien à laver les
légumes, ils étaient aussi utilisés pour abreuver le bétail.
Deux fontaines les alimentaient en eau. Plus tard, vers 1888,
les abords de l'étang furent parés d'un grillage de protection.
L'on utilisait le mot "vivier" davantage qu'étang car quelques
truites y étaient "conservées" Une poire pour la soif en
quelque sorte ! Une autre
fontaine était située au "ry d'Kin" plus précisément "à rond tchinne"
(au rond chêne) là où se trouvait l'habitation de Léonard
LEJEUNE, bien connu de par l'agressivité de son "noir coq"
Léonard avait un surnom : le pape. Les anciens du village avec
qui j'ai parlé récemment s'en souviennent encore. Aujourd'hui, il ne subsiste aucune trace de cette ancienne
demeure.
Le village de Stoqueux était également alimenté en eau
par plusieurs fontaines. Une était située près de chez GOFFINET,
au lieu-dit "pré du maire", une autre près de la ferme WUIDAR
ainsi que deux autres situées près de l'habitation des BERLEUR,
quasi à Havelange, ainsi que au lieu-dit "Fonsay"
Le 26 octobre 1898, la commune d'Aywaille prend la décision de
faire réaliser une conduite d'eau en vue de l'alimentation des
deux villages. Les habitants concernés ont dû se démener pour
arriver à leurs fins puisqu'on découvre déjà dans les archives,
en 1893, des traces de leurs demandes. Kin et Stoqueux
seront par la même occasion dotés de
bornes fontaines en fonte. Trois d'entre elles ont été placées à
Stoqueux et trois dans le village de Kin, dont une sur la place à
l'endroit où est érigé le monument dédié aux anciens combattants
et prisonniers, une devant la maison dans laquelle je suis né
mais également où ont résidé mes grands-parents et arrières
grands-parents maternels, située la route du ry de Kin et la
troisième au pied de la route menant à Stoqueux.
Les habitations de ces deux villages furent raccordées
individuellement au réseau d'eau potable dans le courant de
l'année 1958. Certes cela représentait un pas évident vers le
progrès mais n'aurait-on pas pu laisser en place les bornes
fontaines et les bacs en pierre, témoins de notre passé ?
Les campagnes de Kin et de Stoqueux étaient constituées d'un
nombre relativement important de terrains agricoles sur lesquels
les habitants cultivaient le seigle et le froment mais aussi
l'épeautre, l'avoine ou encore les pommes de terres.
Aujourd'hui, toutes ces cultures ont bien évidemment disparu,
laissant la place à une urbanisation galopante, quasi
outrageante, effaçant tout le caractère rural des deux
localités. Avant l'arrivée de cette modernisation, le village de
Kin comprenait 3 grosses fermes indépendantes mais beaucoup de
ménages, comme à Stoqueux d'ailleurs, possédaient quelques
"bêtes".
D'une manière générale, les femmes s'occupaient d'assurer les
soins au bétail tandis que les hommes trimaient dans les
carrières ou dans les exploitations forestières environnantes.
Ces ménages possédaient bien souvent deux, voire trois ou même
quatre vaches, quelques porcs ainsi que des volailles. Cette
activité parallèle permettait aux "petites gens" d'améliorer
quelque peu leur niveau de vie. Des "tournées" de lait étaient
organisées journellement par des camions récolteurs qui
"ramassaient" les cruches de lait concentrées à divers endroits
de la localité. Chaque cruche était marquée de l'empreinte de
son propriétaire.
Au tout début du XXème siècle, l'on recensait à Kin-Stoqueux une
bonne quinzaine de fours à pains individuels mais il arrivait
fréquemment de voir des personnes venant d'ailleurs afin d'y
cuire leurs pains ou encore leurs tartes. Et tout cela n'existe
plus de nos jours, les rues de ces petits hameaux sont
parcourues par des véhicules tous terrains, 4x4 et autres,
circulant sur des routes asphaltées.
Très rares sont les personnes encore nostalgiques du passé de
leurs villages d'où naissaient les vraies valeurs de la vie
telles que le respect d'autrui, la politesse, l'entraide
collective ou encore la qualité de vie. Entre Stoqueux et
Havelange, les sept arbres Napoléon sont encore témoins des us
d'autrefois. Et Dieu sait s'ils en ont vu se passer des choses
en quelques deux cent ans d'existence. Ils furent en effet
plantés à l'occasion du mariage de Napoléon Ier avec Marie
Louise d'Autriche. Voilà donc
quelques particularités relatives aux deux hameaux de Kin et
Stoqueux. A vrai dire les faits saillants sont très rares dans ce
genre de villages, communs à tant d'autres. Dans le cadre de ce
travail il me semble juste d'avoir une pensée pour les
prisonniers de guerre des deux villages. Découvrons ci-dessous la
reproduction d'une photo encadrée se trouvant jadis dans l'une
des classes de l'école de Kin, en l'occurrence la classe de M. Albert XHIGNESSE.
Maria DETHIER D'autres particularités. Les
hameaux de Kin et Stoqueux dépendaient initialement de la
paroisse de Sougné, comme beaucoup d'autres alentour. Sans
avancer trop de précisions, l'on sait qu'ils ont été
rattachés à la paroisse de Dieupart au cours du 14ème
siècle. Au cours de la
bataille de Sprimont opposant français et autrichiens, en
septembre 1794, une batterie française comprenant 2 pièces
d'artillerie étaient placée au nord du village de Kin, à
l'endroit dénommé "dizo l'noû pré" (en dessous du neuf pré)
Les habitants de Kin se souviennent de l'inscription "au
neuf pré" située sur la façade de la maison de l'ancien
garde forestier Joseph DAVID. Le premier
bourgmestre d'Aywaille nommé après l'indépendance de la
Belgique était un habitant de Kin. Nicolas LAMBERCY fut
nommé maire le 8 novembre 1830 et resta en fonction
jusqu'au 12 octobre 1848.
Le conseil communal d'Aywaille approuve
l'adjudication des travaux visant à relier le village de Kin
au village de Lorcé. La décision ayant été prise le 17
novembre 1864, les travaux seront confiés à messieurs
Hubert BEAUFAYS et Joseph MINGUET. Il en coûtera à la
commune la modique somme de 8850 Frs.
En 1877 il est décidé d'améliorer le chemin passant par
Kin afin de relier Aywaille à Lorcé. La
première fête locale à Kin date du 17 septembre 1886,
elle était connue comme étant "li fièsse âs pètrês"
Beaucoup d'habitants du village cuisaient de nombreuses
tartes pour l'occasion. Toute la famille se réunissait chez
les parents ou grands-parents. Les vergers de Kin
regorgeaient de nombreux fruits délicieux parmi lesquels les
prunes de Kin se taillaient une solide réputation dans les
villages environnants. Ces prunes exquises
venaient à maturité fin août ou début septembre. Beaucoup de
paniers étaient vendus aux commerçants d'Aywaille. Les
pommes de Kin ont eu elles aussi leurs jours de gloire. A la
mi-septembre, après la saison des prunes, l'on accourait de
loin à la ronde pour les acheter. Des marchands du pays de
Herve ou encore de la Basse Meuse venaient acheter "sur
pied" la production de la plupart des vergers. On les
nommait "les côpeux d'pomes" Laurent
BONIVERS, ancien habitant de Kin, était convaincu des
caractéristiques particulières des arbres fruitiers du
village. Les anciens m'en ont parlé. Il avait formé avec
l'aide de quelques autres villageois, un petit cercle
arboricole et horticole dénommé "Le Progrès" Un conférencier
venait régulièrement à l'école de Kin afin de faire profiter
de son expérience des cultures aux gens intéressés.
C'est en date du 15 décembre 1888 que la commune
d'Aywaille adjuge à
Jules DEFOSSE les travaux relatifs aux abords l'étang de Kin.
Antoine LAMBION avait introduit une demande auprès de
l'administration communale d'Aywaille afin d'obtenir en
location une parcelle de terrain communal située au ry de
Kin. Il était convaincu de pouvoir y extraire des pierres à
paver. Le conseil communal, en date du 27 décembre 1893,
lui accorde l'autorisation d'entamer les investigations.
Il devait probablement y avoir "du sanglier" sur le
territoire de Kin puisqu'en date du 9 février 1898 la
commune d'Aywaille autorise Lambert EHLEN à venir chasser
sur la campagne de Kin. Des anciens du village avec lesquels
j'ai parlé il y a environ une quarantaine d'années d'ici,
m'avaient raconté de nombreuses histoires à propos du
gibier. Il n'était pas nécessaire d'avoir l'accord du
conseil communal pour "prélever" certains animaux dans la
forêt. Ces derniers ne le réclamaient jamais ! Les campagnes
de Kin étaient réputées pour les lapins et les lièvres mais
aussi pour les chevreuils, les faisans et les brocards.
Les braconniers appréciaient ces campagnes. Des souvenirs me
reviennent. Mon oncle Marcel DUBART, résidant à Angleur,
revenait quasi chaque semaine chez mes grands-parents à Kin.
Il avait un penchant très marqué envers les truites du ry de
Kin, que nous pêchions lui et moi "à la régulière"
Par contre, nous avons arpentés de long en large les forêts
alentour de Kin. Nous y placions des pièges à grives,
utilisant la technique dite "du lacet" Mon oncle incisait
des troncs d'arbres à deux endroits afin d'y courber une
fine baguette de noisetier sur laquelle était placée le fil
à nœud coulant. Il y déposait des pois de sorbier, tant
appréciés par les grives. Inutile de détailler le reste. Mon
oncle était gendarme !
En 1899, des poteaux et des réverbères sont
placés sur le territoire de Kin. Les archives ne permettent
pas de connaître leur nombre ni leurs emplacements.
C'est en 1900 que furent "tirées" les premières mines
dans la carrière du ry de Kin. Elle était exploitée par
Adrien MONSEUR qui reçut également l'autorisation de
recouvrir partiellement le ruisseau coulant au bas de cette
carrière. Au cours de la même année, une pétition réalisée
par les habitants de Kin et Stoqueux et visant à obtenir la
construction d'une école avait été présentée au conseil
communal. Ce dernier décida de ne rien décider dans
l'immédiat. Les habitants du quartier du Chalet avaient
aussi participé à cette pétition. Dans un autre domaine, il
fut décidé d'installer l'éclairage public sur le territoire
de Kin.
Finalement, le conseil marque son accord de principe, le
2 janvier 1901, pour la construction d'une école à
Kin-Stoqueux. Les élus jugent cependant utile de transmettre
le dossier à l'inspecteur cantonal de l'enseignement
primaire. Ce dernier avec le commissaire d'arrondissement et
le gouverneur décident de réexaminer le dossier aux calendes
grecques.
L'on connaît l'existence de la chorale "Les francs amis de
Kin" par le fait qu'en 1903 la commune lui accorde un
subside annuel de 75 francs qui sera porté à 150 Frs pour le
budget de 1904.
En 1904, nouvelle pétition établie par les habitants
de Kin visant à faire améliorer la route reliant le village
avec le ry de Kin.
A nouveau, en 1907, le conseil communal d'Aywaille
acte une pétition émanant des habitants de Kin-Stoqueux
réclamant la construction d'une école. Un certain THIRY
propose de ne pas encore examiner cette demande. Au mois
d'octobre de la même année, le conseil décide une fois de
plus d'ajourner cette demande. Les "notables" d'Aywaille
n'ont pas toujours accepté de voir évoluer le village de
Kin. Plusieurs anciens habitants du village me l'on attesté.
Le conseil communal commence à voir les choses sous un autre
angle. Quasi obligé, bien entendu. Le 22 juin 1909,
les élus communaux décident d'avaliser la construction d'une
école primaire mais on constate cependant qu'ils ont une
fois de plus réussi à en retarder l'édification. La
construction débutera en mars 1912.
Le 24 octobre 1912 le premier instituteur, Joseph
MONSEUR, entrera en fonction. à Kin.
Sur demande des habitants de Kin et de Stoqueux, un "poste"
téléphonique est mis en fonction le 23 mars 1922,
chez Lambert GOHY, résidant entre les deux localités. En
1923, l'on note toujours l'existence du cercle
arboricole et en 1926, la commune accorde encore une
autorisation d'exploitation du four à chaux situé sur la
route reliant Kin à Aywaille.
L'éclairage public fait son apparition à Kin et à Stoqueux
en 1926. Trois lampes seront placées à Kin et une seule
à Stoqueux. La salle des Oeuvres Scolaires de Kin sera
construite dans le courant de l'année 1936.
Le 10 septembre 1944, les villages de Kin et de Stoqueux sont libérés de l'envahisseur par l'arrivée des troupes américaines.
Puisque les deux hameaux sont alimentés en eau potable, la
commune décide d'enlever toutes les bornes fontaines et les
bacs en pierre et le vivier sera comblé, tout cela au cours de
l'année 1959.
Les victimes des deux grandes guerres
ne sont pas oubliées. Un mémorial sera inauguré en leur
Honneur sur la place de Kin en date du 28 mai 1972.
Un événement assez rare dans notre région se produit à Kin
en début de soirée du 22 août 1984 : des cigognes de
passage sur leur voie migratoire demandent une autorisation
d'atterrissage afin de passer la nuit sur Kin. Disséminées
çà et là, sur des cheminées ou encore sur des poteaux, elles
font l'admiration de tous les habitants. Après le passage de
la nuit, elles se regroupent et reçoivent l'autorisation
d'envol vers les pays chauds. A titre indicatif, des cigognes
baguées en Pologne ont été aperçues en Algérie ou encore au
Maroc à diverses reprises.
L'école primaire de Kin-Stoqueux.
Albert XHIGNESSE disait : "J'étais sévère, trop
sévère même. J'étais le maître, j'étais un dictateur, je
suis resté autoritaire jusqu'au bout" A méditer ! Lexique de
quelques
termes spécifiques. Fief : Franc-fief : Le
franc-fief est un droit exigé d’un roturier ou
d'une collectivité qui a fait l’acquisition d’un
« fief ou autres biens nobles ». Ce fief s’en
trouve « diminué » ou « abrégé » car le
détenteur non noble ne peut rendre certaines
obligations envers le ou les suzerains et envers
le roi Accenser : Donner à
cens un fonds de terre, une maison, c'est-à-dire
sous la redevance d'une rente. Ex : Un seigneur
avait accensé vingt arpents de terre, à raison
de dix livres de rente. Faulde : La fosse à
charbon ou « faulde » est l’endroit où est érigé
le fourneau, c’est-à-dire la pile de bois à
carboniser pour la transformer en charbon de
bois. Trîhe : Mot tiré du
wallon, fréquemment rencontré dans nos contrées,
signifiant "jachère" ou terrain inculte, laissé
à l'abandon. Pacage : Lieu où jadis
l'on menait paître le bétail. Bouvier : Personne qui
mène les boeufs. Fournil : Local dans
lequel se trouvaient, entre autres choses, le
four à pain ou encore la machinerie à écrémer le
lait, à battre le beurre. © Jacques Schoumakers (2004) |